A l’autre bout du monde, en Antarctique, et plus précisément en mer de Ross, se trouve l’une des deux régions les plus australes qu’il soit possible d’atteindre en bateau : le détroit de McMurdo (McMurdo Sound en anglais). C’est à plus de 16000 km de la France et à moins de 1500 km du pôle Sud Géographique que nous vous emmenons dans cet article…

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Découvert en 1841

Au mois de janvier 1841, l’expédition britannique antarctique dirigée par Sir James Clark Ross est la première à découvrir et naviguer sur la mer qui sera par la suite baptisée en l’honneur de son leader. Un mois plus tard, après avoir réalisé nombre de sondages, cartographié de nouvelles terres, îles et côtes et reporté la présence de nombreux animaux dont de nouvelles espèces pour la science, l’expédition découvre une large baie d’une soixantaine de kilomètres de profondeur.

« A 22h00, notre sonde a atteint 360 brasses, dans de la boue verte. Peu après minuit, une brise venant de l’Est s’est levée et nous avons navigué vers le Sud jusqu’à 4h00. Une heure plus tôt nous pouvions constater la présence d’une baie qui relie le mont Erebus à la terre principale. Je l’ai nommé McMurdo¹ Bay, en l’honneur du premier officier du Terror², une reconnaissance que son zèle et ses compétences méritaient bien. »

James Clark Ross, 17 février 1841

Une région imposante

Le détroit de McMurdo est un bras de mer bordé à l’ouest par le massif de montagnes de la Royal Society, dont certains sommets dépassent les 3000 m. Son point culminant, le mont Lister³, atteint lui une altitude de 4025 m. Ce dernier est le quinzième plus haut sommet de la chaîne Transantarctique, qui avec ses 3200 km de long traverse l’Antarctique jusqu’en mer de Weddell. Depuis le détroit de McMurdo, il est possible d’apercevoir avec une bonne visibilité l’une des fameuses vallées sèches : Taylor Valley.

Au sud, la limite du détroit est marquée par la plateforme de glace flottante de McMurdo. Au-delà, on peut apercevoir la forme typique du stratovolcan qu’est le Mont Discovery (2681 m), et plus proches, les îles Black et White. A l’est, se sont les 100 km de côtes de l’île Ross qui bordent le détroit avec, souvent visible en arrière plan, l’imposant mont Erebus, volcan actif culminant à 3794 m d’altitude. Au nord, le détroit de McMurdo s’ouvre sur la mer de Ross.

Nous avons eu l’occasion de nous aventurer à plusieurs reprises ces dernières années dans ce détroit. Chaque visite fut unique, les rencontres magistrales, les lumières féériques, la glace puissante, le vent imprévisible, les cabanes historiques émouvantes et le froid parfois glacial…

La magie des glaces

Ce qui caractérise également ce détroit, ce sont les glaces. Pas tant les icebergs qui sont peu nombreux dans cette région, mais la banquise. Celle-ci ne débâcle en effet qu’à partir de la mi-janvier, rendant tout trafic maritime hasardeux voir impossible. Du fait de sa puissance, le brise-glace américain Polar Star est le premier à s’y aventurer chaque été afin d’ouvrir un chenal pour les navires ravitaillant la base de la National Science Foundation.

Aux alentours de la mi-février, la région change déjà à vue d’œil avec la surface de la mer qui se fige : l’embâcle débute et les pancakes se soudent les uns aux autres. En quelques heures, les nouvelles plaques de banquise se figent et s’épaississent. Il y a quelques années à cette période, le commandant russe du navire sur lequel nous nous trouvions, nous lança avec un sourire, alors que la banquise s’épaississait : «je pense qu’il est temps de quitter la région !».

Au cours de la dernière période glaciaire, l’intégralité du détroit de McMurdo était rempli par une calotte polaire, qui mesurait jusqu’à 1325 m d’épaisseur pour une altitude maximale au-dessus du niveau de la mer estimée entre 500 m et 600 m. Il y a environ 7700 ans, la déglaciation de la région était terminée…

Un lieu d’histoire et de science

L’histoire du détroit de McMurdo est marquée par une succession d’aventures polaires majeures depuis l’expédition de James Clark Ross en 1841. Il serait fastidieux d’établir une liste complète, mais nous pouvons évoquer l’expédition Discovery (1901-1904) dirigée par le Capitaine Robert Falcon Scott, l’expédition Nimrod (1907-1909) qui s’installa au cap Royds sous la direction de Sir Ernest Shackleton, suivie quelques années plus tard à nouveau par Scott, qui en raison de la glace dû s’installer au cap Evans pour l’expédition Terra Nova (1910-1913). Au cours de cette dernière, Scott, Bowers, Wilson, Evans et Oates, atteignirent le pôle Sud géographique le 12 janvier 1912, un mois seulement après les norvégiens (14 décembre 1911).

Presque un demi siècle plus tard, s’élançant de leur cabane depuis la Base Scott (Scott Base en anglais) située à l’extrémité de la péninsule de Hut Point sur l’île Ross, Sir Edmund Hillary et son équipe atteignirent le pôle Sud le 5 janvier 1958. Quarante-six ans après Scott et ses compagnons d’infortune, ils furent les premiers hommes à réussir cette traversée par voie terrestre depuis la mer de Ross.

Le site de Hut Point Peninsula est devenu au fil des années un haut lieu de la science. C’était déjà le cas avec ces pionniers venus explorer la région et qui ramenèrent de leurs épopées les premiers rapports, mais peu à peu l’installation humaine devint permanente avec des expéditions toujours plus lourdes en matériel et moyens humains. Au cours de l’été 1955/1956, les américains acheminèrent l’équipement nécessaire au début de la construction de leur base appelée « McMurdo⁴ ». Celle-ci est toujours en fonctionnement et peut accueillir jusqu’à un millier de personnes en été. A quatre kilomètres de là, les néo-zélandais inaugurèrent en janvier 1957 leur station scientifique Scott Base. Les deux nations ont pour projet la restauration de leur stations respectives dans les années à venir.

Notes :

  1. Archibald McMurdo (1812-1875)
  2. L’autre navire de l’expédition était l’Erebus
  3. Le mont Lister a été découvert par l’expédition Discovery (1901-904) et nommé d’après Lord Joseph Lister, président de la Royal Society de 1895 à 1900
  4. Il s’agit de la plus grande base en Antarctique

Références :

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1 commentaire
  1. Christiane Monney dit :

    Merci Samuel ! Vous me faites rêver et vos récits sont passionnants ! Félicitations ! Bien amicalement ! Christiane

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