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Au pôle sud magnétique

En janvier dernier au cours d’un voyage vers l’Antarctique de l’Est et la Terre Adélie, nous sommes passés pour la seconde fois par le pôle sud magnétique. Nous n’avons aucune image à vous proposer de cet évènement, puisqu’il n’y avait rien à voir de particulier à cet endroit situé en pleine mer. La seule manifestation visible à l’approche du pôle, fut le fait que le compas magnétique du navire changeait sans arrêt de position, indiquant successivement différents caps, comme s’il avait littéralement « perdu la boussole » ! Nous ne devions alors compter que sur le compas électronique et les GPS. S’il n’y avait donc « rien à voir » ce jour là et que seule une position géographique nous permettait de savoir que nous étions bien au pôle magnétique, se trouver là fut pourtant un moment particulier. A la pensée d’abord des expéditions qui, depuis le 19ème siècle, tentèrent de le localiser et de l’atteindre. Ensuite, car c’est un pôle de notre planète que très peu de personnes ont atteint à ce jour…

C’est quoi ?

Le pôle sud magnétique correspond à l’endroit de la surface de la Terre où les lignes du champ magnétique terrestre « sortent » de façon parfaitement verticale. On parle alors d’une inclinaison magnétique de 90°, s’agissant de l’angle entre le plan horizontal et la direction du champ magnétique. Le pôle magnétique n’est pas fixe et sa position se déplace actuellement de quelques kilomètres par an dans une direction nord ou nord-ouest.

L’expédition de Sir James Clark Ross

La première représentation du champ magnétique terrestre sous forme mathématique fut proposée par Carl Friedrich Gauss en 1838. La même année, l’association britannique pour l’avancement de la science (rebaptisé en 2009 British Science Association, association britannique pour la science), souligna le manque de travaux et de connaissances au sujet du magnétisme terrestre, et ce plus particulièrement dans l’hémisphère sud. C’est dans ce cadre, que James Clark Ross (qui avait localisé et atteint le pôle nord magnétique en juin 1831) fût envoyé à la tête des navires Erebus et Terror afin de mener des travaux de recherches et de déterminer la position du pôle sud magnétique. Ross poussa ses navires loin au-delà des glaces dérivantes et découvrit la mer qui porte son nom, le mont Erebus et la grande barrière de glace. Mais à l’issue de ses deux séjours en 1841 et 1842 dans cette région, il conclut que les montagnes qui se dressent devant ses navires lui barrent la route du pôle qu’il convoitait tant. Ross estime alors sa position par 75°5’S 154°8’E.

« […] peu peuvent comprendre les profonds regrets que je ressens, astreint d’abandonner le peut-être trop ambitieux espoir que j’ai caressé depuis longtemps, de pouvoir planter le drapeau de mon pays aux deux pôles magnétiques de notre globe […] ».
James Clark Ross, 17 février 1841

 

Autres expéditions, autres calculs

Au milieu du 19ème siècle, le français Jules Dumont d’Urville et l’américain Charles Wilkes tentèrent également d’atteindre le pôle sud magnétique, du côté de la Terre Adélie. Au tout début du 20ème siècle, Carsten Borchgrevink détermine sa position à 73°20’S 146°E. Louis Bernacchi, physicien de l’expédition Discovery (1901-1904) dirigée par Robert Falcon Scott, l’estime quant à lui par 72°51’S 156°25’E.

David, Mawson et Mackay

En 1908, trois hommes quittent le camp de base de l’expédition Nimrod basée au cap Royds. Ils longent la côte de la Terre Victoria et traversent deux langues glaciaires, avant de poursuivre sur la calotte du continent en suivant le glacier Nansen. Le 16 janvier 1909, Douglas Mawson, Alistair Mackay et Edgeworth David, atteignent la position de 72°25’S 155°16’E, calculée comme étant l’emplacement du pôle sud magnétique à l’époque. La photo des trois hommes, prise par David tirant sur une cordelette, reste l’une des plus célèbres de l’histoire.

Mais dans une lettre du 25 mai 1925 adressée à Mawson par le Professeur David, celui-ci précise qu’il serait bon d’informer le milieu scientifique et la presse, que leurs calculs de l’époque de la position du pôle n’était pas des plus précis. Edgeworth a vraisemblablement raison car la comparaison de leur position calculée en 1909, avec celle estimée depuis par les scientifiques pour la même année, laisse à penser que les trois hommes se trouvaient à environ 250 kilomètres du pôle sud magnétique. Quoi qu’il en soit, leur épopée de plus de 1200 kilomètres reste à ce jour l’une des plus extraordinaires de l’exploration de l’Antarctique.

La base Charcot

A l’occasion de l’Année Géophysique Internationale de 1957-1958, plusieurs nations installent des bases en Antarctique. Seules trois d’entre elles le sont à l’intérieur du contient : une soviétique à Vostok, une américaine au pôle sud géographique et une française à proximité du pôle sud magnétique. La base Charcot est établie sous la neige à 2400 m d’altitude et 340 km de la côte. Deux équipes de trois hommes y hivernent dans un espace restreint de 24m² où règne une température à peine positive. La base sera abandonnée à l’issue du second hivernage en janvier 1959.

 

En mer depuis 1960

Depuis 1960, le pôle sud magnétique se trouve en mer et non plus sur le continent Antarctique. En 1961, il était à environ 6 kilomètres au nord-est de la base de recherche française Dumont d’Urville en Terre Adélie. Il se situe de nos jours à environ 300 kilomètres de la côte.

La plupart des cartes comme celle ci-dessous montrent les positions annuelles du pôle. Il s’agit donc d’une moyenne des différentes positions sur une même année, le pôle magnétique se déplaçant constamment. Au cours d’une journée calme sans perturbation solaire, sa position bouge dans un rayon de vingt kilomètres. Au cours d’un jour perturbé, comme lors d’un orage magnétique par exemple, la magnétosphère va se compresser, les lignes de champs magnétiques vont se déplacer et la position du pôle avec, et ce dans un rayon de 200 kilomètres !

Selon l’Australian Antarctic Division, sa dérive est actuellement d’environ cinq à huit kilomètres par an.

⇒ Positions des pôles magnétiques sur le site de NOAA

Les lumières du cap Tegetthoff

A notre approche de l’extrémité sud-est de l’île Hall en Terre François-Joseph (située entre l’archipel du Svalbard et la Terre du Nord), le haut de celle-ci est coiffé d’un nuage. Au-dessus, d’autre formations se superposent dans le ciel en constante évolution. De temps à autre, le soleil profite d’une timide ouverture pour rayonner sur le cap Tegetthoff. C’est au cours de l’une de ces belles soirées que le Grand Nord sait offrir, que nous découvrîmes cet endroit à l’impressionnante géologie et chargé d’histoire.

Découverte du cap

Le cap porte le nom du navire Admiral Tegetthoff qui fut envoyé vers la « Mer Polaire de l’est » ou passage du nord-est, lors de l’expédition austro-hongroise menée par Julius von Payer et Karl Weyprecht. Le 22 aout 1872, pris dans les glaces au large de la Nouvelle-Zemble, le navire débuta une longue dérive vers le nord. Un an plus tard, le 30 aout 1873, alors que les hommes s’apprêtaient, résignés, à passer un autre hiver dans la glace, la côte d’une terre inconnue leur apparait.

 

« Une journée mémorable fut celle du 30 août 1873, par 79°43′ de latitude nord et 59°33′ de longitude est […] Vers midi, alors que nous étions appuyés sur les bastingages du navire en balayant des yeux des nappes de brouillard à travers lesquelles les rayons du soleil perçaient de temps à autre ; un mur de brume se levant brusquement nous révéla, au loin vers le nord-ouest, les contours nets de roches, qui en quelques minutes semblèrent se transformer en une terre Alpine éclatante ! Nous restâmes d’abord tous figés, n’en croyant pas nos yeux. Puis, emportés par la réalité de cette chance, nous éclatâmes en cris de joie «Terre, Terre, Terre enfin ! »
Julius Payer

Cette terre fut nommée Terre François-Joseph en l’honneur de l’Empereur d’Autriche et ce premier bout de terre rencontré fut baptisé du nom du navire de l’expédition. Ce ne fut cependant que le 1er novembre 1873, que les membres de l’expédition purent mettre le pied à terre sur l’île Wilczek et débuter leurs repérages de l’archipel, atteignant son point le plus septentrional, l’île du Prince Rudolf. Fin mai 1874 les explorateurs furent débarqués à Vardo en Norvège par un navire russe.

 

« Pendant des milliers d’années, cette terre était restée hors de la connaissance des hommes et à présent sa découverte était tombée entre les mains d’un petit groupe. Ces hommes eux-mêmes presque perdus, qui loin de leur foyer se souvenaient de l’hommage dû à leur souverain, donnèrent à ce territoire nouvellement découvert le nom de Kaiser Franz-Josef’s Land. »
Julius Payer

 

L’expédition de Walter Wellman

Au cap Tegetthoff, se trouvent également les restes d’un camp érigé par les membres d’une expédition américaine composée de neuf hommes, dirigée par Walter Wellman, qui pensaient atteindre le pôle Nord. Deux membres de l’expédition furent laissés en charge de l’entretien et de la surveillance d’un dépôt de vivres sur l’île Wilczek, alors que Wellman et trois norvégiens se dirigèrent vers le pôle en février 1899. A 82° nord, Wellman se fit une entorse et les hommes durent faire demi-tour pour regagner leur camp de base au cap Tegetthoff. Le but final ne fut pas atteint, mais le point le plus à l’est de l’archipel fut découvert (l’île Graham Bell), et les dernières données géographiques de l’archipel portées sur carte.

=> Le site internet du Parc National de la Terre François Joseph

 

Désert de pierres de la Terre du Nord

Lors de notre voyage en arctique russe via la Route Maritime du Nord ou passage du Nord-Est, nous avons visité l’archipel de la Terre du Nord (Severnaya Zemlya en russe). Cet archipel comprend quatre grandes îles (Révolution d’Octobre, Bolchévique, Komsomolets et Pionnier) et une cinquantaine de taille secondaire. Situé à une soixantaine de kilomètres au nord du cap Chelyuskin, le point le plus septentrional du continent eurasiatique, l’archipel de la Terre du Nord compte les toutes dernières grandes terres découvertes par l’homme. C’est l’Arctic Ocean Hydrographic Expedition, dirigée par Boris Vilkitsky et composée des brises-glace Vaïgach et Taimyr, qui découvrit l’archipel en septembre 1913. Baptisée alors Terre de l’Empereur Nicolas II, l’archipel fut renommé en 1926 Severnaya Zemlya. Il y a moins d’un siècle, ces terres n’étaient toujours pas complètement cartographiées et explorées. Il faut dire que le détroit de Vilkitsky, qui sépare la péninsule de Taïmyr de la Terre du Nord, est l’un des passages maritimes les plus complexes à entreprendre en raison de la banquise. Des brises-glace russes y sont d’ailleurs régulièrement stationnés en été pour aider tout navire qui demanderait assistance.

Les quatre plus grandes îles de l’archipel sont toutes caractérisées par la présence de calottes polaires, dont celle de l’Académie des Sciences située sur l’île Komsomolets, qui est la plus grande étendue glaciaire terrestre de la Russie, s’étendant sur plus de 5000 km² et d’une épaisseur de plus de 800 mètres. Du fait de la présence de ces glaciers, la Terre du Nord est un important émissaire d’icebergs, y compris d’icebergs tabulaires venant de plateformes glaciaires, généralement rares en Arctique.

Notre découverte de cette Terre du Nord fut accompagnée de beaux moments d’émotions devant ces immenses glaciers, ces paysages polaires et ces lumières si particulières au Grand Nord. Mais ce furent sans doute les déserts polaires que nous avons foulés ici qui nous ont le plus marqués. De véritables déserts de pierres, sur lesquels survivent principalement lichens et mousses, mais aussi quelques plantes à fleurs comme le pavot arctique, qui s’y accrochent avec bravoure. Nous réalisions la chance qui nous était offerte de fouler des terres que si peu de personnes ont au mieux aperçues. Des îles encore moins visitées que l’Antarctique, loin des routes touristiques habituelles et que le brouillard, le vent, les glaces et la complexité de la bureaucratie russe, portent loin des regards du monde. Nous ne savions plus où regarder, comment cadrer nos photos : vues paysagères, formes géométriques, détails de roches décorées de lichens… Et ou mettre les pieds… A chaque pas dans ce désert polaire, nous nous disions que personne n’avait sans doute encore emprunté notre chemin. C’en était presque gênant de déplacer les pierres sur lesquelles nous marchions. Nous avions l’impression de déranger dans ce monde immuable et silencieux, dans ce dédale de pierres découpées par le gel, sculptées et ordonnées par le vent. Notre esprit était contemplatif mais nos pas semblaient lourds. Nous nous demandions si nous ne devions pas remettre ces pierres à l’endroit précis où elles étaient avant notre passage, elles qui n’avaient probablement pas bougé depuis des centaines voire des milliers d’années…

 

Il y a 100 ans, Amundsen… mais aussi Douglas Mawson

Dans un article précédent, j’évoquais le centenaire de la conquête du pôle Sud par le norvégien Roald Amundsen et son équipe. Mais l’année 2011 marque aussi le centenaire de l’expédition antarctique australienne officiellement appelée Australasian Antarctic Expedition. Elle fut menée entre 1911 et 1914 par Douglas Mawson dans le cadre de l’exploration et de la cartographie d’une partie quasiment inexplorée de la côte de l’Antarctique située au Sud de l’Australie.

Douglas Mawson était géologue, il étudia notamment des territoires connus maintenant sous le nom de Vanuatu et sera nommé maitre de conférence à l’Université d’Adélaïde en 1905. En novembre 1907, Ernest Shackleton de passage en Australie pour son expédition en Antarctique, accepte d’embarquer Mawson et son professeur le Docteur Edgeworth David, qui souhaitent étudier s’il y a un lien entre la géologie de l’Antarctique et celle de l’Australie. Shackleton remarque rapidement les qualités de Mawson tant physiques et scientifiques, qu’humaines et le nomme chef d’expédition pour effectuer la première ascension du volcan Erebus dans la région de la mer de Ross. Celle-ci fut réussie après 5 jours de montée dans des conditions épouvantables par Mawson, David et Mackay le 5 mars 1908.

Mis en avant par ce succès, Mawson accompagné des mêmes vainqueurs du mont Erebus se voit attribuer une seconde mission ; atteindre le pôle Sud magnétique. Après un raid de 122 jours et avoir parcourus plus 2 000 kilomètres, les trois hommes sont de retour éprouvés par ce voyage, mais la mission est accomplie, le pôle magnétique est atteint le 16 janvier 1909.

« Mawson a été le véritable chef qui était l’âme de notre expédition vers le pôle magnétique. Nous avons vraiment en lui un Nansen Australien, des ressources infinies, une condition physique impressionnante et l’indifférence étonnante au froid. »
Professeur David dans un hommage public

En 1910, Robert Falcon Scott est en Australie en vue du départ pour son expédition à la conquête du pôle Sud. Mawson en profite et lui demande alors de l’embarquer afin de poursuivre ses travaux de recherche. Scott accepte, mais lui propose de prendre plutôt part à son expédition vers le pôle Sud géographique. Mawson refuse l’offre car en tant que scientifique, il reste plus intéressé par les travaux de recherche que par un quelconque exploit.

Il va finalement monter sa propre expédition dans le but d’explorer et de cartographier des territoires inconnus entre 136° et 142° Est soit 3 000 kilomètres. Pour cela, 3 bases seront installées : 1 sur l’île Macquarie afin d’avoir un relai radio avec l’Australie, 1 dans la baie du Commonwealth et 1 sur la plate-forme de Shackleton. Le navire choisi et adapté à la navigation dans les glaces, est L‘Aurora commandé par John King Davis qui n’en est pas à sa première expédition vers le continent blanc. L‘Aurora quitte Hobart le 2 décembre 1911 avec à son bord 55 membres d’équipage et 38 chiens de traineau.

Le 8 janvier après avoir déposé la première équipe à Macquarie, la seconde débarque dans la baie du Commonwealth, puis la 3ème le 13 février à la plate-forme de Shackleton. De part et d’autre, l’été est mis à profit pour établir des cabanes qui serviront de quartier de vie, d’atelier, de stock de vivres et de lieu de préparation des futurs raids d’exploration. Dans la Baie du Commonwealth, à la cabane Mawson comme elle sera baptisée, la vie est particulièrement difficile car cette région est une des plus ventée du globe.

« Nous vivons aux marges d’un continent où le temps n’existe pas. Seul le souffle glacé d’une étendue sauvage et infinie, doublé de la puissance dévastatrice des éternels blizzards, déferle sur la mer en direction du nord. Nous avons découvert une contrée maudite. Nous sommes au pays du blizzard. »
Journal de Mawson

Fin octobre 1912, ce sont finalement 6 équipes qui partent de la cabane dans des directions différentes pour des raids d’exploration. Le 14 décembre 1912 à midi, alors qu’il fait soleil et seulement -7°C, Ninnis disparait avec le second attelage dans une crevasse. Pendant 3 heures Mertz et Mawson n’obtiennent aucune réponse à leurs appels désespérés lancés au bord du gouffre. A l’aide d’une ligne de pêche, il mesure 45 mètres de profondeur jusqu’à une première corniche, ensuite c’est le gouffre abyssal. A 21h, Mawson lit une ultime prière au bord de la crevasse, Mertz lui sert la main et dit « merci« , ils tournent le dos à l’abîme et reprennent leur route. De retour à la cabane, ils marcheront parfois 24 heures sans interruption. Dehors la nuit, les cris des chiens affamés les empêchent de dormir. Les vivres manquent, un chien est abattu au couteau (s’étant séparés précédemment de tout ce qui était lourd) et une soupe est réalisée à partir de ses os broyés avec une pelle. Le 7 janvier 1913, ne percevant plus de mouvement dans sa tente, Mawson sort le bras de son sac de couchage, Mertz est étendu sans vie à 160 km du point de départ. L’australien, décide de se battre et de tenter de rentrer, il modifie son traineau : le coupe en deux, fait un mât, fabrique une voile avec un bout de veste de Mertz… Ses pieds lui font terriblement mal.

« Les plantes de mes pieds sont en piteux état, elles forment une épaisse semelle d’où coule un liquide qui a imprégné mes chaussettes. La peau neuve dessous est à vif. Plusieurs de mes orteils ont commencé à noircir et suppurent à leur extrémité. Mes ongles se décollent. »

Alors qu’il est à 2 kilomètres de la cabane Mawson, il aperçoit au loin un navire ; l’Aurora s’en va… Mais à la cabane 5 hommes sont restés pour organiser les recherches, un message est alors envoyé au navire qui ne peut faire demi-tour en raison des glaces, du vent et d’un impératif ; récupérer la seconde équipe sur la plate-forme de Shackleton.

Le second hiver « forcé » est consacré à d’autres travaux scientifiques mais il n’y aura pas de grand raids d’exploration. Le 26 février 1914 tout le monde est de retour à Hobart. Le 31 mars, Mawson se marie puis prend part à la première guerre mondiale comme major dans les munitions. En 1926, il est invité à organiser et diriger 2 expéditions (1929-1930 et 1930-1931) maritimes vers les îles Kerguelen, Crozet et Heard. Il prendra sa retraite en 1952 avant de décéder d’une hémorragie cérébrale à 76 ans le 14 octobre 1958.

Douglas Mawson aura marqué pour longtemps l’histoire scientifique et polaire en Australie et dans le monde. Il sera décoré de l’ordre de l’Empire britannique, par la société royale de géographie antarctique, de la médaille d’or des société de géologie américaine, de Chicago, de Berlin et de Paris… Notons que pour la postérité, il aura son portrait sur un billet de 100$, des pièces et des timbres, que furent baptisés en son honneur le mont Mawson en Tasmanie (1 320 m), le pic Mawson sur l’île de Heard (plus haut sommet d’Australie avec 2 745 m), le plateau Mawson au Sud de l’Australie, la base scientifique Mawson en Antarctique, un télescope et même la Dorsa Mawson une crête de montagne sur la lune !! Des quartiers à Cambera et Adélaïde porte son nom, l’avenue principale de la ville de Meadows en Australie… Qui à ce jour peut se targuer d’une telle notoriété ?

Pour en savoir plus sur Mawson et l’expédition australienne antarctique, je vous recommande vivement son journal de bord traduit en français par les excellentes éditions Paulsen Au pays du blizzard.

L’histoire de la conquête du pôle sud

Vous le savez peut-être, l’année 2011 marque le centenaire de la conquête du pôle Sud. En effet, en décembre prochain, cela fera exactement 100 ans que les premiers hommes arrivèrent au pôle. Depuis un certain temps, j’avais pour projet de réaliser une synthèse des faits marquants de ces aventures vers le bout du monde. Aujourd’hui, après plusieurs jours (semaines) de recoupement d’informations, je suis en mesure de vous en faire part. Voici donc quelques faits historiques majeurs, de cette extraordinaire aventure dans laquelle les hommes se lancèrent ; celle d’arriver au point le plus au Sud de notre planète.

Scott et l’expédition britannique Discovery (1901-1904)

C’est Clements Markham, président de la Royal Geographical Society de 1893 à 1905, qui soumet le 5 janvier 1899 au lieutenant Robert Falcon Scott, l’idée d’une expédition nationale en Antarctique. Après de longues discussions, c’est finalement Scott qui assurera le commandement de l’expédition et le navire le Discovery (un trois-mâts en bois de 52,4 mètres de long dont la proue est renforcée par une couverture d’acier) part pour l’Antarctique le 31 juillet 1901. Le 3 février 1902, le navire jette l’ancre dans le détroit de McMurdo au Cap Hermitage dans la mer de Ross. Des dépôts de vivre sont organisés en septembre 1902, afin de mettre au point un raid en direction du célèbre pôle. Le 2 novembre 1902, Robert Falcon Scott, Edward Wilson et Ernest Shackleton, équipés de traîneaux tirés par des chiens, partent vers leur but. Le 30 décembre, l’expédition affiche 82°16′ Sud, le point le plus près du pôle jamais atteint. Mais les chiens s’épuisent, les hommes subissent la faim et le blizzard ; ils ne peuvent poursuivre plus loin, d’autant plus qu’il ne leur reste que 7 chiens sur les 19 du départ et Shackleton est atteint de scorbut. L’équipe est de retour au camp de base (Hut Point) le 3 février 1903, mais c’est seulement douze mois plus tard, le 16 février 1904 que le Discovery quitte l’Antarctique après avoir passé l’hiver prisonnier dans les glaces.

Robert Falcon Scott

Robert Falcon Scott

L’expédition Nimrod (1907-1909) sous la direction de Shackleton

Au retour de cette expédition, un homme va se montrer particulièrement déterminé à vouloir retourner en Antarctique : Ernest Shackleton. Il décide de monter sa propre expédition avec pour but affiché cette fois-ci : « Atteindre le pôle Sud géographique ». Après bien des déboires financiers, il achète finalement le Nimrod, qui quitte la Nouvelle-Zélande le 1er janvier 1908. Shackleton pense réutiliser la cabane de Hut Point utilisée par l’Expédition Discovery, mais la banquise lui en bloque l’accès ; il s’installe alors à 35 kilomètres au nord, au cap Royds. Quatre hommes dont Shackleton, Frank Wild, Jameson Adams et Eric Marshall entament le 19 octobre 1908 « Le grand voyage austral ». Mais les éléments, une fois de plus, ne jouent pas en leur faveur ; les poneys qu’ils ont choisis pour cette expédition meurent un à un et la nourriture se fait rare. A la latitude record de 88°23′ Sud, soit 180 kilomètres du point mythique, ils plantent l’Union Jack et font demi-tour. L’Angleterre les accueille triomphalement en juin 1909.

Ernest Shackleton et le Nimrod

Ernest Shackleton et le Nimrod

La Norvège dans le secret…

Il y aurait des pages entières à écrire sur l’histoire polaire norvégienne, mais s’il y a bien un homme qui s’en détache c’est Fridjof Nansen. Premier à avoir traversé la calotte glaciaire du Groenland en 1888, il a assis sa réputation en dérivant avec la banquise arctique en direction du pôle Nord à bord du Fram de 1893 à 1896. En 1900, Nansen reçoit la visite d’un autre norvégien Roald Amundsen, qui vient lui demander conseil pour sa tentative de traversée du passage du Nord-Ouest. En 1906, cette tentative est couronnée de succès et Nansen voit en Amundsen son digne successeur. Au cours d’une visite de courtoisie, le vétéran norvégien confie à son cadet, son souhait de vouloir aller en Antarctique, mais qu’étant donné son âge avancé, il préfèrerait qu’Amundsen y aille pour lui. Problème : Roald rêve du pôle Nord… Nansen accepte de l’aider en lui faisant un cadeau incroyable : son bateau le Fram avec lequel il a dérivé justement près du point mythique.

Le Fram

Le Fram

Roald Amundsen

Roald Amundsen

L’expédition partira en janvier 1910, mais au mois de septembre précédent, les journaux annoncent que le vieil ami d’Amundsen, le docteur Frédéric Cook, a atteint le pôle Nord le 21 avril 1908. Moins d’une semaine plus tard, le New York Times annonce de son côté que Robert Peary l’a touché le 6 avril 1909. Amundsen, effondré, se sent démotivé. Toutefois, son désespoir ne dure pas : car s’il n’a pas gagné au nord, il essaiera au sud. Il ne parlera de son projet à personne, même aux financiers qui l’ont aidé dans cette entreprise et encore moins à Nansen. Le 13 septembre, le Times de Londres annonce que Robert Falcon Scott prépare une expédition en Antarctique. Soudain, Amundsen se trouve engagé dans une course. Garder le secret devient encore plus important… Le 6 septembre, le Fram arrive à Madère pour être ravitaillé. C’est là qu’Amundsen dévoile son plan à son équipage : « J’ai l’intention de voguer vers le sud, de débarquer une équipe sur le continent austral et d’essayer d’atteindre le pôle Sud ». Personne ne fait défection, le seul homme à débarquer (comme prévu) est Léon, le frère d’Amundsen qui s’occupe de la logistique. Considérant que Scott est un concurrent mais pas un ennemi, il lui envoie alors un message « Nous permettons vous informer Fram va en Antarctique. Amundsen ».

L’expédition Terre Nova (1910-1913)

En 1904, Scott est promu capitaine et reprend alors l’exercice de sa profession après une courte interruption. En septembre 1909, il décide de monter une nouvelle expédition : la quête du pôle avec la volonté « d’assurer à l’Empire britannique l’honneur de cet exploit ». Le Discovery n’étant plus disponible, il choisit pour l’expédition la Terra Nova, baleinière à charbon construite en 1884. Début 1910, il teste des traîneaux à moteur qu’il a l’intention d’utiliser. Le transport sur la glace reste encore un problème délicat, mais l’Anglais, fidèle à la tradition de son pays, affirme que rien ne vaut les hommes pour tirer les traîneaux. Les poneys ou les moteurs, bien plus que les chiens, peuvent éventuellement devenir des solutions de remplacement. Le 4 janvier 1911, la Terra Nova s’approche de la cabane Discovery, mais le détroit est complètement gelé. Le nouvel emplacement pour le camp de base devient le cap Evans et rapidement des raids s’organisent pour effectuer des dépôts de vivres tout le long du parcours vers le pôle. L’hiver est mis à profit pour effectuer de nombreux travaux scientifiques, mais aussi préparer le matériel pour l’expédition finale.

Du coté norvégien

Il faut 4 mois au Fram pour atteindre depuis la Norvège la plate-forme glaciaire de Ross. Amundsen choisit d’ancrer le navire dans la baie des Baleines, le positionnant ainsi à cent kilomètres de moins du pôle, que Scott. Le lendemain de l’arrivée, le 16 janvier 1911, le débarquement du matériel commence. Pendant 3 semaines, 5 traîneaux tirés par 46 chiens et dirigés par 5 hommes feront la navette entre le bateau et la base (soit 3 kilomètres) transportant 10 tonnes de vivres par jour. Pendant ce temps, le charpentier supervise l’assemblage de la cabane préfabriquée ; le camp de base est alors appelé Framheim (la maison du Fram). Amundsen rend visite à Scott à son camp du Cap Evans, puis commencent les voyages pour établir les dépôts de vivre. En trois semaines, ils seront trois à être installés par 80°, 81° et 82° sud, à quelques 900 kilomètres du pôle et abriteront chacun une tonne et demi de vivres. Le 21 avril 1911, le soleil sombre, la longue nuit polaire commence, là encore mise à profit pour achever les derniers préparatifs.

La Norvège et l’Angleterre se lancent à l’assaut du pôle Sud

Quatre mois plus tard, le 24 août, le soleil réapparaît, il est temps de ressortir de nouveau le matériel. Coté norvégien, le 8 septembre 1911, 6 traîneaux tirés par 86 chiens dirigés par 8 hommes s’élancent vers le pôle, mais les conditions météo les font renoncer. Finalement le 19 octobre, Amundsen, Olav Bjaaland, Helmer Hanssen, Sverre Hassel et Oscar Wisting prennent le départ avec 4 traîneaux et 52 chiens. Le 4 novembre, ils atteignent le troisième et dernier dépôt par 82° sud. Le 8 décembre, ils dépassent le record austral de Shackleton de 88° 23′ sud. Le 14 décembre 1911, à 15h00, pour la première fois dans l’histoire, des hommes arrivent au pôle Sud. Amundsen et ses compagnons saisissent le drapeau norvégien dans leurs « cinq poings gelés et abîmés par les intempéries », et le plantent dans la neige. Amundsen baptisa ce plateau du nom du Roi Haakon en hommage à celui-ci. Ils dressèrent également une tente, qu’ils nommèrent Poleheim (la maison du pôle) où ils laissèrent un message pour Scott et le roi Haakon, au cas où ils périraient pendant le voyage de retour à Framheim.
Le 1er novembre 1911, c’est au tour de Scott et de son équipe de se lancer dans l’aventure avec 16 hommes (composant des équipes de soutien qui rentreront au fur et à mesure au camp de base), 10 poneys, 34 chiens, et 13 traîneaux ! Inadaptés à ce milieu, les poneys meurent un à un et les hommes affrontent des conditions difficiles. Le 4 janvier 1912, le point 87° 34′ sud est atteint. Scott annonce sa décision : cinq hommes (Scott, Henry Robertson Bowers, Edward Adrian Wilson, Edgar Evans et Lawrence Oates) continuent, les trois autres (Edward Evans, William Lashly et Thomas Crean) rentrent au camp de base. Le 9 janvier, ils dépassent à leur tour le point atteint par Shackleton. Le 12 janvier épuisé, Scott écrit « Cela va être une course très serrée » et le 15 janvier il rajoute ces mots prémonitoires « La seule possibilité effrayante serait la vue du drapeau norvégien précédant le nôtre ». Le lendemain, à 35 kilomètres du pôle, Bowers aperçoit une tache noire qui flotte, un drapeau de signalisation attaché à un support de traîneau. « Le pire est arrivé. Les Norvégiens sont les premiers au pôle… Tous les rêvent s’envolent. » Le mercredi 17 janvier 1912, arrivés au pôle, Scott est encore plus dépité : « Le pôle. Mais, dans des circonstances très différentes de celles que nous attendions… Grand dieu ! C’est un endroit terrifiant et horrible pour nous qui nous sommes efforcés de l’atteindre, sans avoir la récompense de la priorité. Maintenant, c’est la course du retour et une bataille désespérée. Je me demande si nous pourrions le faire.« 

Amundsen et Scott au Pôle Sud

Amundsen et Scott au Pôle Sud

Le retour

Les cinq norvégiens sont de retour à Framheim le 25 janvier 1912 avec 11 chiens d’attelage, après un périple de 2 824 kilomètres, parcourus en 94 jours (56 à l’aller, 38 au retour) soit une moyenne de 30 km par jour !
L’équipe de Scott, épuisée, déprimée et souffrant du froid et de la faim, entame son retour. Evans meurt dans son sommeil le 17 février et mi-mars, Oates les pieds gelés, atteint de gangrène sort de la tente alors qu’ils campent par -42°C. Il part dans le blizzard en disant « Je vais juste dehors, pour peut-être quelque temps. » Le 21 mars, ils ne sont plus que trois, à 18 kilomètres du dépôt de vivres suivant. Mais impossible d’avancer en raison du mauvais temps. Le 22 mars, ils n’ont plus de combustible. La dernière phrase du journal de Scott en date du 29 mars est ainsi libellée : « Nous nous en sortirons, mais nous nous affaiblissons, bien sûr, et la fin ne peut être loin. C’est épouvantable, je ne puis en écrire plus long. Pour l’amour de Dieu, occupez-vous des nôtres ». Huit mois plus tard, une équipe de secours retrouve les corps gelés de Scott, Wilson et Bowers.
La mort de l’équipe de Scott fit la une des journaux du monde entier. L’empire pleurait la mort d’un héros à une époque où les britanniques avaient besoin d’actes héroïques, à la veille de la Première Guerre mondiale. Amundsen déclara : « Je ne peux lire ce message de Scott sans émotion… Et penser que pendant que ces hommes courageux mouraient là-bas…, je faisais des conférences bien au chaud en Australie.« 

Richard Byrd et l’aérien

Il faudra attendre 1929 pour qu’un homme retourne au pôle Sud, mais cette fois-ci en avion ! C’est l’aviateur américain Richard Evelyn Byrd qui réussit ce survol le 29 novembre 1929. Cette aventure sera bien évidemment minutieusement préparée, sur le même principe que celle des précédentes expéditions terrestres, à savoir avec des dépôts de vivres et de carburant. Il faudra finalement 15 heures et 51 minutes pour que Byrd effectue cette boucle, du camp de base Little America, jusqu’au pôle, un parcours qui avait demandé 3 mois à Amundsen.
En 1939, le gouvernement américain, créé l’US Antarctic Service. Richard Byrd supervisera deux nouvelles expéditions en Antarctique, dont en 1946 l’opération Highjump, qui mobilisera 4 000 hommes, deux brises-glaces, un sous-marin, un navire radio, un porte-avion, deux ravitailleurs, un bateau citerne et un destroyer !! Le but : mener d’importantes expéditions scientifiques. Byrd prend part à une cinquième expédition à 67 ans, en dirigeant l’expédition Deep Freeze ; il s’agit d’édifier une piste aérienne dans le détroit de Mac-Murdo pour des gros porteurs, en vue d’établir une base permanente en plein pôle Sud. Le 31 octobre 1956, l’amiral George Dufek contrôleur des opérations, ainsi que 6 membres d’équipage, sont ainsi les premiers à accéder au pôle après Robert Falcon Scott et ses compagnons en 1912. La construction de la base américaine baptisée Amundsen-Scott est achevée en mars 1957 et le premier hivernage commence.

Les grandes dates à suivre

Pour la suite de l’histoire du pôle Sud, je vous propose une « simple » chronologie :
– 4 janvier 1958 : première expédition terrestre vers le pôle réussie avec des tracteurs Fergusson par le néo-zélandais Edmund Hillary participant à la Commonwealth Trans-Antarctic Expedition
– décembre 1968 : 12 japonais arrivent au pôle après un voyage depuis leur base de Syowa de près de 11 semaines
– novembre 1969 : Pam Young, Jean Pearson, Lois Jones, Eileen McSaveney, Kay Lindsay and Terry Tickhill, sont les premières femmes à mettre le pied au bout du monde, arrivant en avion depuis Mac Murdo
– 1975 : abandon de la base Amundsen-Scott en raison des congères et reconstruction quelques mètres plus loin
– 17 décembre 1980 : Ranulph Fiennes, Oliver Shepard et Charles R. Burton, atteignent la base Amundsen-Scott au cours de leur expédition Transglobe qui a pour but de faire un tour du monde en passant par les pôles
– janvier 1986 : 3 explorateurs britanniques achèvent leur marche sans assistance de 1 420 kilomètres vers le pôle en suivant la route de Scott de 1911/1912
– 1987 : les premiers touristes arrivent par avion et se posent au pôle
– 11 décembre 1989 : passage par le pôle de Jean-Louis Etienne et 5 autres personnes qui réalisent alors la plus grande traversée de l’Antarctique au cours de l’expédition Transantarctica. Dans la même année la troisième expédition traversant le continent blanc en passant par le pôle est dirigée par Reinhold Messner
– 17 janvier 1989 : les premières femmes à arriver au pôle Sud par voie terrestre sont Victoria Murden et Shirley Metz (j’ai eu le plaisir de rencontrer cette dernière en janvier 2009 et de fêter à ses cotés, le 20ème anniversaire de son exploit)

Sources bibliographiques :
Dictionnaire des Explorateurs des pôles – Michel d’Arcangues
Antarctique, la grande histoire des hommes à la découverte du continent blanc – Sélection du Reader’s Digest
Antarctique, le continent bleu – Editions Nathan
Explorations polaires – National Geographic
L’aventure des pôles – Sélection du Reader’s Digest
Site de The Antarctic Circle www.antarctic-circle.org
Site de la base Amundsen-Scott www.southpolestation.com
Site de United States Antarctic Program www.usap.gov
Site transpolair.free.fr
Site de Wikipédia fr.wikipedia.org
Site www.south-pole.com

La baie Wilhelmina inondée de soleil

Après une belle saison en Géorgie du Sud, je me trouve maintenant en péninsule antarctique. Pour ces premiers jours, on ne peut pas dire que la météo soit de la partie ; forts coups de vent avoisinant les 100 km/h, mer formée (jusqu’à 15 m de creux) et visibilité réduite. Hier, la magie du continent blanc a pourtant opéré nous offrant une baie Wilhelmina inondée de soleil ! Le panorama qui s’est dévoilé à nous, a alors été tout simplement magique ; des glaces dérivantes, des montagnes couvertes de neige et coiffées de glaciers, un groupe de baleines à bosse, quelques phoques crabiers et surtout une lumière magique offrant les plus beaux reflets ! Cette baie a été nommée ainsi en hommage à la reine Wihelmina des Pays-Bas, qui a fortement contribué à l’expédition du premier hivernage en Antarctique, menée par le belge Adrien de Gerlache à bord de La Belgica.