A l’ère des satellites qui permettent de mieux connaître le continent Antarctique, notamment son relief, ses côtes, ses glaciers, sa banquise, et ses colonies de manchots, il nous a semblé intéressant de faire un bon dans le passé, à l’époque des toutes premières prises de vues et photographies aériennes du continent… C’était il y a 118 ans !

L’expédition Discovery

La British National Antarctic Expedition (BrNAE) ou expédition Discovery (du nom du navire principal), dirigée par le Capitaine Robert Falcon Scott, quitte les eaux britanniques le 6 août 1901. Son objectif : s’installer temporairement dans le secteur de la mer de Ross en Antarctique, afin d’y étudier ce continent encore quasiment inconnu, découvert pourtant quatre-vingt ans plus tôt. Au début du mois de février 1902, l’expédition rencontre enfin la barrière de Ross, découverte et décrite par Sir James Clark Ross en février 1841. Le Discovery est alors amarré à la falaise de glace et, le 4 février, Scott décide de décharger le ballon et de lancer la préparation de ce dernier. C’est Sir Joseph Hooker, vétéran de l’expédition de Ross, qui suggéra à Scott d’emporter avec lui un ballon afin d’explorer l’ice-shelf (ou plateforme de glace) depuis le ciel. Devant les difficultés à réunir les fonds pour une telle acquisition et en raison de la place nécessaire pour son stockage à bord (plus les cylindres d’acier contenant l’hydrogène), Scott décida finalement d’emporter avec lui deux ballons plus petits, habituellement utilisés par l’armée pour soulever un seul observateur à la fois.

Le britannique raconte cette première ascension de l’histoire du continent blanc :

« L’honneur d’être le premier aéronaute à faire une ascension
dans les régions antarctiques, peut-être un peu égoïstement, je l’ai choisi pour moi-même, et je peux en outre avouer que ce faisant, je contemplais la première ascension que j’avais faite dans n’importe quelle région, et alors que je me balançais dans ce qui semblait une nacelle très inadéquate et en raison des personnages qui diminuaient de taille rapidement en-dessous, je ressentais un doute quant à savoir si j’avais été sage dans mon choix. » Robert Falcon Scott

 

C’est Sir Ernest Shackleton qui effectua la seconde ascension, emportant avec lui son appareil photo. Il réalisa ainsi les premières prises de vues « aériennes » de l’Antarctique et de la surface de l’ice-shelf de Ross.

Le capitaine Scott souhaitait vivement pouvoir effectuer d’autres vols et permettre ainsi à d’autres membres de l’expédition d’avoir la même expérience, mais la force du vent augmentant peu à peu, les hommes furent contraints de dégonfler et ranger le ballon, baptisé Eva, puis de regagner le navire afin de poursuivre leur expédition…

L’expédition Gauss

Tandis que l’expédition Discovery vient tout juste de débuter l’installation de ses quartiers d’hiver en mer de Ross, au même moment à plus de deux mille cinq cent kilomètres de là, l’expédition allemande conduite par Erich von Drygalski, se trouve elle prise dans les glaces à bord du Gauss. Les allemands répondent alors au Congrès International de Géographie, qui en 1895 déclara l’Antarctique comme objectif principal pour de nouvelles explorations géographiques. L’expédition Gauss, qui quitte l’Europe le 15 août 1901 (neuf jours après l’expédition Discovery) avec trente-deux hommes, va explorer une région de l’Antarctique encore inconnue, au sud des îles Kerguelen. Le 21 février 1902, la terre est en vue alors que le navire essaie de se frayer un passage dans les glaces. Celles-si sont peu à peu compactées par le mauvais temps contre la coque du Gauss, et malgré les efforts des hommes pour dégager ce dernier, Drygalski déclare le 2 mars : « Notre destin était tracé : le piège où nous étions entrés s’était refermé sur nous. » Les hommes sont donc contraints de passer l’hiver sur place.
Pendant cet hivernage à environ quatre-vingt-cinq kilomètres de la côte du continent Antarctique, le Gauss sert de laboratoire de recherche pour les sept scientifiques embarqués. De ce camp de base au milieu des glaces les hommes réalisent de nombreux raids d’exploration. C’est au cours de l’un d’eux qu’une terre dépourvue de glace est découverte. Culminant à 370 m, ce cône volcanique éteint est nommé Gaussberg par les membres de l’expédition, qui en réalisent la première ascension le 21 mars 1902.
Huit jours plus tard, il est de nouveau aperçu par Drygalski, depuis la nacelle d’un ballon à hydrogène s’élevant à 490 m d’altitude.

 

« Il faisait tellement chaud là-haut que je pouvais même enlever mes gants… la vue de cette altitude était grandiose. Je pouvais voir Gaussberg nouvellement découvert et… j’ai donné ma description par téléphone au pont du navire. C’était le seul point de repère sans glace dans les environs « . Erich von Drygalski

 

Une seconde ascension est réalisée le même jour par Hans Ruser, capitaine du Gauss, et le Docteur Emil Phillipi, afin d’observer l’étendue des glaces vers le nord et de pouvoir planifier ainsi le futur de l’expédition. Le ballon ne fut pas utilisé de nouveau.

A 53 jours d’intervalle…

Robert Falcon Scott réalisa ainsi le premier vol le 4 février 1902 et Sir Ernest Shackleton les premières images le même jour. Un mois et demi plus tard, le 29 mars 1902, c’était donc au tour de l’expédition allemande dirigée par Erich von Drygalski. Ainsi, les toutes premières photographies de l’Antarctique « vu d’en haut » furent prises à seulement cinquante-trois jours d’intervalle.

 

Références :

Mots-clés : , , , , ,
par
2 commentaires
  1. Jo Szeles dit :

    Ravi d’ avoir de vos nouvelles ! J’espère que Vous allez bien , les 2 ! Etes-vous en France ? Pas d’ Antarctique , sur le Khromov prévue cette saison ? Pourtant le Khromov est descendu de Vladivostock à Lyttleton ! je suppose qu’il compte tout de même aller aux sub Antarctiques et Antarctique ! Y seriez Vous ? Excellent , comme toujours , ton historique des premières images aériennes de l’ Antarctique et de de vos photos ! J’ai beaucoup appris et apprécié ! D’ autant que j’ ai aussi une série d’un millier de photos aériennes de l’ Antarctique de l’ Est puisque j ‘ ai le vol Qantas 747 du réveillon 2018 -Antarctica flight- , Melbourne à Melbourne , 13h30 de vol , dont 4 heures et demi au dessus du continent de l’ Antarctique-Est ! ( Survolé les Balleny , cap Adare , mont Murchison, les bases Italienne et Coréenne , cap Washington , Dyrigalsky ice tongue ,, des glaciers , la mer de Ross , la Dry Valley, Mc Murdo, longuement l’ Erebus durant une demi heures avec contournements , l’île de Ross etc etc …par météo parfaite . Le 747 , avec 4 chefs pilotes Qantas aux commandes , , sommes descendus à 4000 mètres et à 600 kms/h et les pilotes nous faisaient les commentaires en réal time aux micros . FABULEUX Vol ! Que c’est beau , mais que c’est beau , que c’est beau notre Planète !! Amitiés Jo

  2. Christiane Monney dit :

    Agnès et Samuel, merci beaucoup pour ce récit et ses images incroyables ! C’est vraiment du bonheur de lire ces aventures, et encore plus de nos jours… Que restera-t-il de ces paysages, de ces glaces ? Merci de vos engagements pour notre planète ! Je vous souhaite le meilleur et de bonnes Fêtes de fin d’année ! Christiane

Laisser un commentaire

Participez-vous à la discussion?
N'hésitez pas à contribuer!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *