Magadan et son lourd passé

La ville russe de Magadan, capitale de la région autonome du même nom, se trouve au nord de la mer d’Okhotsk dans la baie de Nagayev. Construite à la fin des années 1920 par des prisonniers, la ville fut le point d’arrivée de plusieurs centaines de milliers de personnes, transportées par bateau depuis le port de Vladivkstok.

Les camps du Goulag

A l’époque, le régime de Staline estimait qu’il fallait occuper cette partie de la Russie située à plus de 5 900 km de Moscou et surtout y exploiter les richesses telles que l’or et l’argent. 800 000 personnes furent ainsi amenées ici et envoyées dans des camps de travaux forcés afin d’exploiter les mines de la région de la Kolyma et jusqu’en Tchoukotka, pour le compte de la compagnie minière Dalstroï. Selon les chiffres, 110 000 à 130 000 personnes perdirent la vie (dont 11 000 fusillées) dans ces camps où les températures minimales moyennes frisent avec les -20°C en hiver. La route qui relie Magadan à la région des mines d’or, est surnommée la route des os en raison du nombre de prisonniers qui y moururent lors de sa construction et dont les ossements furent incorporés dans la chaussée.

 

« Il triait la matière fécale avec un bâtonnet afin d’en extraire les grains de céréales qui n’avaient pas été digérés. J’ai croisé son regard, derrière ses lunettes. Alors il m’a dit en pleurant : Je ne suis plus un homme, ils ont fait de moi un animal. »

Récit de Pavel Galitsky, survivant d’un du Goulag proche de Magadan

 

Le masque de l’affliction

En juin 1996, une gigantesque sculpture appelée « Mask of Sorrow » (masque de la tristesse ou de l’affliction) fut inaugurée sur les hauteurs de la ville en mémoire des victimes du régime communiste. Deux idées furent présentées pour la réalisation de ce monument : une église martyrium sur l’emplacement du premier cimetière de Magadan et un monument laïc. C’est ce dernier projet présenté par le sculpteur russe Ernst Neizvestny, qui fut à l’époque retenu par Boris Eltsine. Cette structure en béton armé de quinze mètres de hauteur représente un visage humain. De son œil gauche s’échappe des larmes représentées par des visages de plus en plus petits, représentant la multiplicité infinie des douleurs infligées. L’œil droit est une fenêtre grillagée qui représente l’enfermement. Un escalier mène à l’intérieur vers un cachot d’isolement.

 

Aujourd’hui, nous avons pu visiter le musée de la ville, déambuler au pied du « Mask of Sorrow » et voir les premières habitations construites dans les années 1920. Tout cela ajouté aux commentaires d’Olga notre guide russe sur place, a rendu l’atmosphère pesante alors que nous évoluions dans les rues d’une ville très calme en ce dimanche matin. Seule la belle est colossale cathédrale orthodoxe accompagnée de son carillonnement, m’a remis un peu de baume au cœur devant la réalité de la folie des hommes…

 

1 réponse
  1. Astéryx dit :

    Excellente idée, originale, bienvenue, que ce commentaire sur cette ville de Magadan; je n’en avais jamais entendu parler mais ce commentaire est important.
    Et ce monument de 1996 est tout simplement génial si l’on détaille ce visage. Que de symbolique dans ce visage. Merci Samuel.
    Autre excellente idée:faire ces commentaires à deux voix, unies!
    Au revoir, peut-être, Agnès et Samuel,

    Pierre,

Répondre

Se joindre à la discussion ?
Vous êtes libre de contribuer !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *