Le pygargue de Steller, une rencontre irréelle

Quand vous êtes un naturaliste passionné d’ornithologie et qui plus est fasciné depuis tant d’années par les rapaces, il y a des noms que vous avez un jour lu ou entendu et retenu sans doute pour toujours. Ils ont marqué votre enfance, revenant de temps à autre au devant de la scène selon vos lectures, vos rencontres, ou encore à travers les médias.
Avant de partir pour ces voyages en Extrême-Orient russe, je savais que j’allais rencontrer un de ces grands noms du Pacifique nord. Mon plaisir fut à son comble hier après-midi, lorsque sont apparus là-bas très loin et très haut dans le ciel, avec en arrière plan le volcan Zhupanovsky, quatre points noirs tournoyant dans les airs. Le blanc à l’avant de leurs ailes « éclatant » au soleil, ne laissait peu de doute et de toute façon il n’y pas dans cette région d’autre rapace de si grande taille.
Quelques heures plus tard, il n’était plus qu’à quelques centaines de mètres, là, enfin, l’impressionnant pygargue de Steller. Incroyable ! Comme dans les livres, comme sur ces photos: un corps sombre avec une queue triangulaire blanche et un énorme bec orangé de 8 cm de long chez l’adulte ! A l’envol, c’est toute la puissance de l’aigle le plus lourd aigle au monde (9kg pour les plus gros individus) qui s’exprime dans un silence pesant. Au-dessus de ma tête, un monstre de plus de 2 m d’envergure passe sans un battement d’aile. Je regarde les visages des gens qui voyagent avec moi: tout le monde est impressionné et même médusé !

Ce grand rapace vit sur les côtes de la péninsule du Kamchatka, en mer d’Okhotsk et sur l’île Sakhaline pour une population estimée entre 5 000 et 7 000 individus. La plupart des individus passe l’hiver au Japon, notamment vers l’île d’Hokkaido.
Le couple possède en général 2 ou 3 nids, qu’il utilise en alternance selon les années. Le nid consiste en un tas de branchage ré-agencé chaque année et qui peut atteindre plus de 2m de diamètre et une épaisseur de plus de 3m. La ponte d’1 à 3 œufs s’échelonne de mi-avril à mi-mai et l’éclosion a lieu après une période d’incubation d’environ 38 à 46 jours.
Le régime alimentaire du pygargue est surtout composé de saumons pêchés dans les rivières, mais il chasse également des oiseaux et des mammifères, lorsqu’il n’est pas charognard.

Les ouvrages récents font référence au nom de pygargue empereur comme nom officiel dorénavant pour cet oiseau. J’ai volontairement gardé le nom de pygargue de Steller, sorte de pied de nez à ces personnes qui changent les noms des animaux pour diverses raisons, mais qui à mon goût, en oublient parfois celles et ceux qui nous ont permis de connaitre ces spécimens. Dans le cas présent, le nom de pygargue de Steller a été donné à cet aigle en hommage au naturaliste allemand Georg Steller, qui décrivit pour la première fois cette oiseau au Kamchatka en aout 1740, avant d’embarquer quelques mois plus tard pour une expédition dans le Pacifique nord aux cotés de Vitus Béring.

Quelle rencontre, je n’en crois toujours pas mes yeux ! Et pourtant… A la question : y aurait-il d’autres noms auxquels je pense depuis longtemps ? La réponse est oui. La chouette harfang (ou harfang des neiges) par exemple. L’année prochaine ?

2 réponses
  1. Jo. dit :

    Bien d’accord : on prend rendez-vous , l’année prochaine, avec la chouette harfang …!!
    Mais un pygargue de Steller devra aussi être présent au rendez-vous ! :-)))

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