La loutre de mer

Au cours d’un de mes voyages en Extrême-Orient russe en mai dernier, nous avons eu l’occasion de participer à une croisière expédition touristico-scientifique, ayant pour but de dénombrer la loutre de mer le long des côtes des îles Kouriles. Voici une présentation succincte de ce curieux animal.
Les mammifères sont divisés en plusieurs familles, dont celle des Mustélidés elle-même divisée en deux sous-famille : les Mustélinés (46 espèces dans le monde) et les Lutrinés.
Cette dernière famille compte 11 espèces de loutres, dont la loutre européenne, la loutre marine, la loutre géante ou encore la loutre de mer.
C’est dans le Pacifique nord que se rencontre les loutres de mer, divisées en 3 sous-espèces : la loutre de l’Alaska (et des îles Aléoutiennes avec environ 85 000 individus), la loutre asiatique (3 000 individus aux îles du Commandeur et population inconnue dans les îles Kouriles) et la loutre de Californie (2 700 individus). De nos jours, la population totale serait donc d’au moins 90 000 animaux, mais nous verrons plus loin dans cet article, que l’espèce a frôlé l’extinction…
La loutre de mer est le plus petit mammifère marin au monde, mais avec un poids compris entre 14 et 45 kg, le plus lourd des Mustélidés. Sa taille, selon les sexes, varie de 1 à 1,5 m à l’âge adulte.

Contrairement aux autres mammifères marins, notamment ceux vivant dans des eaux froides, la loutre de mer n’a pas de couche de graisse pour l’isoler. Sachant que l’eau provoque une perte de chaleur 25 fois plus rapide que l’air, cet animal à sang chaud doit pour résister au froid s’isoler et « produire de la chaleur ».

Dépourvue de couche de graisse, la loutre de mer possède cependant la plus dense fourrure du règne animal avec environ 150 000 poils au centimètre carré !! Pour comparaison, le crâne humain, compte en moyenne 100 000 cheveux.

Afin de maintenir sa température interne à 35°C, la loutre de mer doit manger 25% de son poids par jour (ainsi un animal de 30kg, doit manger au moins 7kg de nourriture par jour !). Pour comparaison, le morse vivant lui aussi dans des eaux froides, doit consommer 6% de son poids par jour, car son métabolisme est plus lent.

Le régime alimentaire de ce mammifère marin se compose pour moitié d’oursins, environ un quart de poissons et un quart de mollusques. Les oursins peuvent être manipulés facilement par la loutre, grâce à des coussinets sur les pattes avant. Elle utilise également parfois des outils comme des cailloux (elle peut stocker dans une poche sur la face intérieure des pattes antérieures) pour briser les coquilles de mollusques.
En surface, les loutres nagent sur le dos. Les scientifiques supposent que cette position leur permet de maintenir hors de l’eau les seules parties du corps dépourvue de fourrure, que sont le museau et les pattes et ainsi éviter les pertes de chaleur. Elles s’enroulent également fréquemment dans le kelp (grande algue fixée au fond de l’océan et poussant vers la surface, pouvant atteindre plusieurs mètres de long), pour dormir et s’alimenter, évitant ainsi de dériver.

Concernant la reproduction, les loutres s’accouplent dans l’eau et donnent naissance à un unique petit après 4 à 6 mois de gestation. Celui-ci est élevé par sa mère qui le garde sur son ventre, le temps qu’il puisse plonger.
La durée de vie de ces animaux est de 10 à 20 ans selon les sexes, ayant pour prédateurs principaux supposés l’orque épaulard et le pygargue de Steller (sur les jeunes individus). Mais c’est surtout l’homme qui fut la cause de la quasi disparition de cette espèce. En effet en 1742, les survivants de l’expédition russe dirigée par le danois Vitus Béring, ramenèrent pas moins de 900 fourrures de loutre de mer, décrite par le naturaliste allemand Georg Steller. Peu à peu la Russie étendit ses territoires de chasse vers les îles Aléoutiennes, bientôt rejoint dans la course aux fourrures par les anglais, les américains et les espagnols. Au début du 20ème siècle, la chasse n’est plus rentable et pour cause : il ne reste alors qu’environ 2 000 loutres pour une population estimée à 300 000 animaux au 18ème siècle.
Cet effectif sera cependant suffisant, pour que l’espèce retrouve lentement mais surement des effectifs raisonnables pour sa survie. Cela sera rendu également possible par la signature en 1911 par la Russie, les Etats-Unis d’Amérique, le Japon et la Grande-Bretagne (pour le Canada), d’un traité pour la conservation des pinnipèdes, imposant également un moratoire sur la chasse des loutres.
Aujourd’hui, il est désormais acquis que cet animal joue un rôle essentiel dans l’équilibre de l’écosystème marins côtier du Pacifique nord. Consommant un grand nombre d’oursins, la loutre de mer permet ainsi de limiter l’impact de ces derniers sur les forêts de kelp abritant un grand nombre d’espèces animales et végétales.

Nous souhaitons à toute personne passionnée par la nature, de pouvoir un jour observer ces magnifiques et attendrissants animaux, dans ce milieu particulier qu’est le Pacifique nord ! Une rencontre inoubliable, une fois de plus…

7 réponses
  1. Anna dit :

    Bonjour Samuel,

    Ca faisait longtemps…
    Post très intéressant !
    Je me souviens du léger bruit au petit matin au bord de l’océan… de cette demoiselle de Californie qui frappait avec un caillou sur son coquillage et que la brume a fini par nous révéler ! Rencontre magique !
    Merci de tes récits qui comme à chaque fois, éveillent notre curiosité, nos souvenirs et nos envies de voyages !

    Amitié,

  2. Fabrice Genevois dit :

    Bonjour,
    Bel article sur un archipel fascinant. J’ai cependant relevé quelques approximations et erreurs dans les dates :
    – Le 7 avril 1732, c’est la Tsarine Anne (Anna Ivanovna) qui lance par décret officiel la Grande expédition du Nord. La Tsarine Catherine 1er n’était alors plus au pouvoir et n’avait fait qu’un bref intermède sur le trône après la mort du Tsar Pierre le Grand (la Tsarine Anne prit le pouvoir en 1730).
    – L’équipage du St. Pierre aperçu les côte de l’île Béring le 5 novembre 1741 (et non pas le 19 novembre) et accosta au petit matin du 7 novembre.
    – Béring fut découvert mort dans son abri au matin du 8 décembre (et non pas le 19 novembre).
    – Le nouveau Saint Pierre appareilla le 9 août (et non pas le 24 août).
    Ces erreurs proviennent sans doute des sources utilisées dans la littérature (elles portent parfois sur le calendrier grégorien, alors que les russes utilisaient encore le calendrier julien à l’époque).
    Merci de faire partager ces beaux moments.
    Bien cordialement,
    Fabrice Genevois

  3. Samuel dit :

    Salut Fabrice,
    merci pour ta lecture et tes commentaires avisés. Je pensais avoir fait attention à ce problème de calendrier en prenant comme référence ton livre http://www.leguetteur-editions.fr/le-crepuscule-des-vaches-de-mer/, mais à priori il y a quelques coquilles que je vais corriger de ce pas.
    Par contre, je pense que tes remarques concernent un autre article http://www.sblanc.com/les-iles-du-commandeur-ile-bering/ non ? Car je ne vois pas ces références dans l’article sur les loutres…
    Amitiés,

    Samuel

  4. Fabrice Genevois dit :

    Salut Samuel,
    Tu as raison, mes quelques remarques portaient sur l’article sur les îles du Commandeur, mais j’ai fait une fausse manoeuvre lors de l’envoi. As-tu débarqué dans la baie du Commandeur où la tombe de Vitus Béring fait face aux Aléoutiennes, dans la pente herbeuse en arrière de la plage ? Je m’y suis rendu à plusieurs reprise voici quelques années et je me suis juré d’y retourner un jour. J’espère que l’on se verra sous peu, afin que tu me montres tes photos de cette région envoûtante.
    Amitiés,
    Fabrice Genevois

  5. Samuel dit :

    Fabrice, non pas débarqué vers la tombe car ça n’était pas prévu au voyage, mais le printemps prochain, ça sera le cas ! J’ai hâte de voir ce lieu mythique en tout cas !
    Amitiés,
    Samuel

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