Indiens Waraos

Les indiens du delta de l’Orénoque sont connus sous le nom de Waraos. Cette nation indienne était constituée encore au début du siècle de 5 ou 6 tribus. Si certaines différences de langue et de type persistent encore suivant la région du delta que l’on visite, le nom de Waraos est désormais appliqué à l’ensemble des clans. En fonction des variantes que l’on peut noter dans la langue Warao, 5 régions peuvent encore se distinguer. Les indiens de la côte vivent de la pêche et de l’exploitation du palétuvier, ceux de l’intérieur de la chasse et de l’exploitation du cœur de palmier.
L’éthnie Warao est aujourd’hui plus que jamais en confrontation avec le monde civilisé, à un carrefour important de son évolution. Warao signifie en langue indienne « le maître de la pirogue ». Ce terme est très largement justifié. Leur pagaie en bois brasse l’eau d’une manière régulière, sans une éclaboussure, dans le silence le plus complet. La pirogue glisse sur l’eau, tourne sans aucun effort apparent ni changement de rythme, fait marche arrière pour sortir des frondaisons. Très basses sur l’eau, petites et d’apparence instables, ces pirogues en mauvais bois ont une durée de vie assez courte, de l’ordre de 5 à 10 années. Elles sont par contre totalement adaptées au milieu dans lequel elles sont destinées à évoluer. Fines, elles se faufilent dans les canaux les plus encombrés et les plus étroits et, si elles prennent parfois l’eau, elles ne chavirent pas.

Première approche

Rio affluent du fleuve Orénoque © Samuel Blanc5°C il y a quelques semaines, 30°C dès 8h30 du matin maintenant, cela fait bien évidemment un choc thermique difficile à gérer au moins pendant les premiers jour, mais j’avoue que de troquer la veste coupe-vent, les bottes et les gants, pour un short et des sandales restent malgré tout appréciable.
Ce milieu tropical que je découvre est saisissant, riche, avec de multiples facettes. Comprendre son fonctionnement n’est cette pas chose facile, mais reste passionnant. Après avoir remonté près de 40 kilomètres ce grand fleuve qu’est l’Orénoque, nous avons fait une première vraie incursion dans le Rio Arature. Le milieu qu’on y rencontre est particulier : un mini fleuve à l’eau saumâtre en raison des sédiments charriés, cerné de part et d’autres par une végétation exubérante. Celle-ci sert de refuge, lieu de reproduction et d’alimentation, de nombreux oiseaux, mais aussi de quelques mammifères et reptiles. Ces forêts tropicales recouvrent 7% de la surface de la terre, et supportent 50% de la biodiversité mondiale. Il suffit de consulter les guides de détermination pour s’en rendre compte : le guide des oiseaux d’Europe, d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient, est deux fois moins épais que le guide des oiseaux du Vénézuéla qui ne compte pas moins de 900 pages ! Des nouvelles espèces d’insectes et de plantes sont encore ainsi découvertes chaque année.
Pour les amoureux de la nature et notamment les ornithologues, ce milieu est à rendre fou tellement il y a de choses à identifier, écouter, voir, découvrir…

Direction l’Orénoque

Après 3 mois passés en Antarctique et alors que je devais y être également au mois de mars, voilà que mon programme change quelque peu, le climat aussi d’ailleurs…
Je pars en effet du coté des tropiques et plus particulièrement vers le Delta de l’Orénoque au Vénézuéla. Avec un débit de 34 000 m3/s, l’Orénoque est l’un des fleuves ayant le débit le plus important au monde, après l’Amazone et le Congo. Au programme, départ de Fort de France, petit passage par Trinidad et Tobago, puis remontée du fleure Orénoque jusqu’à Puerto Ordaz.
La richesse de la faune de l’Orénoque est considérable ; on y recense environ 1 300 espèces d’oiseaux, 300 de mammifères, 250 de reptiles, 500 d’amphibiens, et je passe les 30 000 espèces de plantes ! C’est aussi l’occasion d’aller à la rencontre des indiens Waraos et des peuplades indigènes des portes de l’Amazonie. Alors à bientôt pour des nouvelles chaudes cette fois-ci…

Le glacier Mertz se rompt

Une spectaculaire collision serait à l’origine de la rupture du glacier Mertz en Antarctique à 240 kilomètres de la base française Dumont d’Urville. C’est en effet vraisemblablement un iceberg gigantesque (95 kms de long sur 20 kms de large) nommé B9B qui aurait percuté mi-février la langue du glacier Mertz.
Mais revenons en arrière ; ce glacier tire son nom de Xavier Guillaume Mertz, explorateur suisse décédé en Antarctique alors qu’il effectuait un raid d’exploration au cours de l’expédition Aurora de 1911 à 1914, sous la direction de Douglas Mawson et du lieutenant Belgrave Edward Sutton Ninnis. Ce raid est un des plus terrible de l’histoire de l’exploration antarctique ; après la disparition de Ninnis dans une crevasse entraînant avec lui six chiens, la plupart des rations, la tente et d’autres fournitures essentielles, c’est Mertz qui décèdera le 7 janvier 1913. Il fut la première personne dont la cause de la mort a été répertoriée comme « Hypervitaminose A ». En effet, en raison de la disparition de leur nourriture suite à l’accident de Ninnis, Mawson et Mertz durent manger leurs chiens ce qui provoquera un empoisonnement à la vitamine A à cause des foies des chiens. Depuis, sur les cartes de l’Antarctique, deux glaciers portent des noms dorénavant connus ; celui de Ninnis et celui de Mertz.
Ce dernier est un courant glaciaire particulièrement crevassé, d’environ 72 kms de long sur 32 kms de large, se terminant par une langue de glace mesurant jusqu’à présent environ 160 kms de long. C’est cette langue de glace (ne mesurant maintenant plus que 80 kms de long), qui s’est rompue suite à la collision avec l’iceberg B9B, créant ainsi un nouvel iceberg de 78 kms de long sur 33 à 39 kms de large.
Le glacier Mertz est suivi depuis près de 15 ans par les scientifiques du programme CRACICE (Collaborative Research into Antarctic Calving and ICeberg Evolution) qui étudient l’évolution des glaciers côtiers de l’Antarctique et les mécanismes de formation des icebergs. L’équipe suivait en particulier le développement des crevasses transverses qui s’étaient quasiment rejointes lorsque l’iceberg B9B est venu impacter le flanc Est de la langue de glace entraînant la séparation finale. Ces études font appel aux images satellite et à un réseau de balises GPS déployé sur le glacier à partir des moyens mis en œuvre par l’Institut polaire français (notamment des hélicoptères et le navire L’Astrolabe).
Les trois cartes ci-dessous montrent parfaitement l’évolution entre le 7 et le 20 février 2010.

Neko pour finir en apothéose

Et bien voilà, il fallait bien que ça se termine un jour. Déjà plus de deux mois que j’ai quitté la France, alors que j’ai l’impression de n’être parti qu’hier. Une nouvelle saison en Antarctique se termine ce jour même puisque nous remontons depuis quelques heures le Passage de Drake en direction d’Ushuaia. Quelle saison et que de souvenirs ; les Baleines à bosse du Détroit de Gerlache, les Léopards de mer à Pléneau, les icebergs tabulaires de la Mer de Weddell, les dizaines de milliers de manchots de la Géorgie du Sud ou encore de Baily Head, les lumières rasantes du Neumayer, le bleu des glaces de la Baie Paradis… Ce soir, se sont les teintes rosées sur les glaciers de l’Ile Brabant et les derniers icebergs tout d’ocre vêtus qui nous ont accompagné sur notre route vers le Nord.
Mais avant cela, cet après-midi il y avait le mythique, le majestueux, le légendaire Neko Harbour en guise de dernière escale. Un Neko Harbour comme je l’aime : sous un soleil radieux, sans vent, enveloppé dans un beau ciel bleu. J’y étais bien au milieu des derniers poussins de Manchots papous de la saison, des craquements du glacier, des bruits de l’eau…
Certains l’auront peut-être remarqué, mais je rentre en effet un mois avant ce qui était initialement prévu. Il faut dire qu’un petit changement de dernière minute m’a fait écourter ma saison, je vous en reparle dans quelques jours…
Permettez-moi en guise de conclusion, de laisser la place au Commandant Charcot puisque nous étions sur ses terres : « Pendant que je regarde vers le large, le soleil se couche insensiblement, les teintes bleues si variées et si douces des icebergs sont devenues plus crues, bientôt le bleu foncé des crevasses et des fentes persiste seul, puis graduellement succède avec une douceur exquise une teinte maintenant rose et c’est tellement beau, qu’en me demandant si je rêve, je voudrais rêver toujours. On dirait les ruines d’une énorme et magnifique ville tout entière du marbre le plus pur, dominée par un nombre infini d’amphithéâtres et de temples édifiés par de puissants et divins architectes. Le ciel devient une coquille de nacre où s’irisent, en se confondant sans se heurter, toutes les couleurs de la nature… Sans que je m’en aperçoive, la nuit est venue et lorsque Pléneau, en me touchant l’épaule, me réveille en sursaut de cette contemplation, j’essuie pertinemment une larme, non de chagrin, mais de belle et puissante émotion. »

La même émotion qui me gagne ce soir alors que la nuit tombe et que cet Antarctique que j’affectionne tant s’éloigne…