Le Phoque crabier

J.B. Hombron et H. Jacquinot publièrent en 1842 sous le nom de Phoca carcinophaga un dessin de phoque d’après la peau et le crâne d’un individu collecté entre les îles Sandwich du Sud et Orcades du sud, par les corvettes l’Astrolabe et la Zélée entre 1837 et 1840 sous le commandement de Dumont d’Urville. En 1853, H. Jacquinot et J. Pucheran publiaient une description du Phoque crabier désigné sous le nom de Lobodon carcinophaga, car en 1844 Gray avait créé le genre Lobodon. Ce nom de genre provient du grec lobos : « lobe » et odus : « dent » en référence à la morphologie lobée de certaines de ces dents. Son nom spécifique provient également du grec karkinos signifiant « crabe » et phagein voulant dire « mangeur » car on croyait que ce pinnipède ne se nourrissait que de crabes, ce qui est totalement faux. A l’époque on pensait cela en raison de carapaces de couleur rougeâtres trouvées dans des excréments sur la banquise, en fait il s’agissait de peau de krill et non de crabe. Ce nom de Phoque crabier est donc resté, mais on sait maintenant que celui-ci ne mange presque que du krill.

Le Phoque crabier est le plus abondant des pinnipèdes du monde. On estime sa population à 13 millions d’individus, ce qui représente un chiffre supérieur à l’ensemble des autres espèces de phoques. Sa répartition s’étend tout autour du continent antarctique. On le trouve en très grand nombre au cours de l’été austral à l’ouest de la péninsule (Terre de Graham) et dans la partie sud de la Mer de Ross.

Ce phoque peut mesurer jusqu’à 2m60 et peser jusqu’à 225 kg. Les femelles sont généralement plus grosses que les mâles. Le corps est relativement svelte, élancé et de forme hydrodynamique. La tête arbore un museau allongé, légèrement pointé vers le haut ou en forme de groin, les coins de la bouche sont horizontaux. La fourrure est marron-blanc crémeux uniforme. L’animal est souvent couvert de cicatrices (sur environ 63% des individus) laissées par des attaques de Léopard de mer, comme sur cette photo.

Pour cette espèce monogame, la femelle commence à s’accoupler à l’âge de 3 ans, le mâle est mature entre 3 et 6 ans. La mise-bas a lieu principalement à la mi-octobre sur la glace dérivante au sein d’un territoire de 50 m de rayon défendu par le mâle. La période de lactation est très courte (4 semaines). L’accouplement a lieu au moment du sevrage, peut-être sur la glace.

L’âge maximum enregistré chez cette espèce est de 29 ans, mais on pense que la longévité pourrait atteindre au moins 35 ans. Les seuls prédateurs du Phoque crabier sont les Léopards de mer et surtout les Orques. Il a été exploité lors de la campagne de chasse aux phoques des Norvégiens en 1964. Actuellement, le Phoque crabier ne subit aucune exploitation humaine, protégé notamment par la Convention pour la protection des phoques de l’Antarctique.

Le redouté Cap Horn

C’est à l’extrémité sud de la Terre de Feu, dans l’archipel des Iles Hermite que se situe l’Ile Horn, marquant ainsi la limite entre trois océans : l’Austral, le Pacifique et l’Atlantique.
Au début des années 1600, c’est la Compagnie néerlandaise des Indes orientales qui a le monopole de tous les transports marchands hollandais via le détroit de Magellan et le cap de Bonne-Espérance, les deux seules routes connues à l’époque pour rejoindre l’Extrême-Orient. Dans sa quête d’une voie alternative le marchand hollandais Jacob Le Maire, accompagné du navigateur Willem Schouten, prit le large en direction de la Terre de Feu dans le but d’explorer le passage suggéré par Francis Drake.
L’expédition, grandement soutenue par la ville hollandaise de Hoorn, partie en mai 1615. Le premier navire le Hoorn fut détruit en Patagonie à la suite d’un accident, mais le second, le Eendracht doubla le cap en janvier 1616.
Du 18ème siècle, jusqu’au début des années 1900, le cap Horn fut l’un des points de passage des routes commerciales qui assuraient une large part des échanges de marchandises autour du globe. Les navires chargés de coton, de céréales et d’or en provenance d’Australie passaient au large du cap Horn pour retourner en Europe et ainsi terminer leur périple autour du monde. Le Horn a fait payer un lourd tribut à beaucoup de ces navires, qui parfois ne sortaient pas indemnes de sa dangereuse traversée.
La tradition voulait qu’un marin victorieux du passage du Horn (un « Cap-hornien ») puisse porter un anneau en or sur son oreille gauche, car c’est de ce côté que l’on longe le cap lors de la traversée d’ouest en est, le sens considéré comme classique. L’autre privilège était de pouvoir dîner avec un pied sur la table, la possibilité d’y mettre le deuxième étant réservé aux marins ayant également passés le cap de Bonne-Espérance. Une autre coutume veut aussi qu’un marin ayant passé à la voile les trois caps (Horn, Leeuwin et Bonne-Espérance) gagne le privilège de « pisser et de cracher contre le vent ».
Donc à ce jour, si j’ai bien suivi toutes ces traditions, il ne me reste qu’à me faire percer l’oreille gauche. Après le Cap Horn et celui de Leeuwin, je ne peux malheureusement pas encore me permettre de « pisser et cracher face au vent » puisque je n’ai franchi le cap de Bonne-Espérance qu’en avion. Mais à choisir… euh… comment dirai-je ?? Surtout que c’est venté ici…

L’Ile Petermann

En 1872, alors que les baleines se faisaient rares dans l’Arctique, Eduard Dallmann fut choisi pour explorer les mers australes à bord du navire à vapeur Grönland. Si l’opération eut un faible succès d’un point de vue de la chasse à la baleine, elle permit cependant des découvertes importantes en Péninsule Antarctique, notamment le détroit de Bismarck mais aussi la cartographie des îles Anvers, Brabant, Liège.
C’est au cours de cette expédition allemande menée de 1873-1874, que l’Ile Petermann, située à 65° 06′ sud et 64° 06′ ouest, au sud du Chenal Lemaire et de l’Ile Booth, a été découverte et nommée ainsi en l’honneur du géographe August Petermann.
Un peu plus tard dans l’histoire, cette île sera de nouveau fréquentée, notamment par l’expédition antarctique française menée par Jean-Baptiste Charcot de 1908 à 1910. Charcot et son équipage hivernèrent ainsi avec leur navire le Pourquoi-pas ? dans une toute petite baie de quelques mètres carrés appelée Port Circoncision, en raison du fait que les hommes l’abordèrent le 1er janvier 1909, jour de la circoncision de Jésus dans le calendrier liturgique catholique.
Cette après-midi fut de nouveau pour moi l’occasion de débarquer à Petermann, haut lieu de l’histoire polaire française…

Le Passage de Drake et mes tripes

S’il est un endroit, un passage qui est redouté des visiteurs, scientifiques et autres personnes fréquentant l’Antarctique, c’est bien le Passage de Drake. Celui-ci se trouve exactement entre l’extrémité sud de l’Amérique du Sud et la Péninsule Antarctique, s’étendant ainsi sur 800 kilomètres du Cap Horn à l’Ile Livingston.
La première traversée répertoriée du Passage de Drake, est celle du néerlandais Willem Schouten à bord de l’Eendracht en 1616, soit 38 ans après sa découverte par le navigateur anglais Francis Drake, envoyé par la reine Elisabeth 1er d’Angleterre afin de faire un voyage autour du monde.
Ce passage, est le moyen le plus court pour rejoindre l’Antarctique avec seulement 2 jours de mer de navigation, mais la plupart du temps, 2 jours difficiles. Il faut dire que se rencontrent ici trois océans, qu’au beau milieu se trouve le front polaire, lui-même bordant le puissant courant circumpolaire antarctique là où toutes les eaux des océans du globe transitent. D’après de nombreuses simulations numériques, le flux d’eau au Passage de Drake conditionne la circulation profonde des océans et le Gulf Stream, qui contribue à adoucir le climat de nos contrées. Ce courant circumpolaire antarctique a un débit de 180 millions de mètres cube d’eau par seconde, soit 180 fois le débit de tous les fleuves réunis dans le monde. Tous ces éléments réunis, font du passage de Drake un endroit qui peut s’avérer violent, avec parfois des tempêtes terribles, de quoi illustrer parfaitement la plupart des citations de marins, dont celle trouvée récemment « c’est une zone qui connait parmi les pires conditions météorologiques maritimes de la planète ».
Je viens de terminer la sixième traversée du Passage de Drake de la saison avec des creux de 10 mètres, et dire que je dois encore le franchir le même nombre de fois…

La Sterne arctique, la plus grande voyageuse au monde

De nouvelles informations sur la migration des oiseaux ont été révélées par une équipe internationale de scientifiques, qui ont confirmé que la Sterne arctique parcourt plus de 70 000 km (les trajets migratoires révélés par l’étude sont compris entre 59 500 à 81 600 km) lors de son voyage de migration annuelle d’un pôle à l’autre.
Des scientifiques du British Antarctic Survey (BAS), du Groenland, du Danemark, des Etats-Unis et d’Islande, ont cartographié les mouvements migratoires de cet oiseau en utilisant des appareils miniaturisés de géolocalisation. Pesant à peine 1,4 g cet appareil hautement spécialisé a été développé spécifiquement pour le suivi des migrations animales. Déjà utilisé sur d’autres animaux tels que les albatros, les manchots et les phoques, ils enregistrent régulièrement l’intensité lumineuse, qui est par la suite utilisée pour générer deux positions géographiques par jour.
Cette étude confirme que la Sterne arctique effectue la plus longue migration annuelle dans le monde ; du Groenland jusqu’à la mer de Weddell en Antarctique, avant de retourner de nouveau dans ses quartiers de reproduction nordiques. Les oiseaux étudiés n’ont pas voyagé immédiatement vers le sud, mais ont passé près d’un mois en mer au milieu de l’océan Atlantique Nord à environ 1 000 km au nord des Acores. Après cette halte migratoire, les oiseaux ont poursuivi leur long voyage vers le sud via la côte du nord-ouest de l’Afrique. Mais c’est aux abords des îles du Cap Vert, que le comportement des oiseaux a surpris l’équipe de recherche. En effet, alors que la moitié environ des oiseaux continuait de descendre au niveau des côtes de l’Afrique, l’autre moitié traversait l’océan Atlantique pour suivre une route parallèle à la côte de l’Amérique du Sud.
Tous les oiseaux étudiés ont passé l’hiver dans les eaux antarctiques. Fait intéressant de leur long voyage de retour, les oiseaux n’ont pas choisi le plus court chemin vers leurs aires de reproduction au Groenland. Au lieu de cela, les Sternes arctiques ont emprunté une route différente de celle de l’aller, en forme de S à travers l’océan Atlantique ; un détour de plusieurs milliers de kilomètres mais effectué deux fois plus rapidement en tirant pleinement parti des systèmes de vents dominants mondiaux afin de réduire les coûts énergétiques.
L’analyse montre que le comportement des oiseaux est étroitement corrélé avec les paramètres biologiques et physiques rencontrés le long de la voie de migration. Ils s’arrêtèrent dans leur migration vers le sud, afin de passer du temps dans des eaux très productives au beau milieu de l’océan Atlantique.
Texte traduit en français d’après la version officielle du British Antarctic Survey.