Hommage aux albatros

Depuis quelques jours et mon retour de l’océan austral, étrangement je pense souvent aux albatros. Ne me demandez pas pourquoi, j’en ignore complètement la raison… Après 5 saisons dans les eaux du grand Sud, il faut dire que les rencontres ont été nombreuses : l’immense albatros hurleur aux abords de la Géorgie du Sud, les colonies d’albatros à sourcils noirs aux Malouines et dernièrement, les albatros royaux des Iles Campbell pour ne citer qu’eux.
De tous temps, ces géants des mers ont fasciné les hommes, qui n’ont eu de cesse de s’en inspirer : aéroplane, héros de roman de Jules Vernes, ou encore nom donné à des navires. Pendant longtemps, les mœurs de ces oiseaux demeurèrent mystérieuses et furent à l’origine de nombreuses superstitions. Il faudra attendre la découverte des îles subantarctiques pour percer certaines interrogations quant à leur vie.

La communauté scientifique considère qu’il y a aujourd’hui 22 espèces d’albatros, dont 4 qui vivent et/ou s’alimentent dans l’hémisphère Nord, s’aventurant assez haut en latitude dans le Pacifique. La plus grande diversité chez cette famille d’oiseaux, se rencontre dans les îles Néo-zélandaises : Campbell, Auckland, Bounty, Snares, Chatham et Antipodes. Au cours du voyage que j’ai accompagné en décembre dernier vers l’Antarctique, nous avons pu observer 11 espèces ! J’avoue avoir été marqué par ce séjour dans cette région du monde et notamment d’un point de vue ornithologique avec les albatros. Voir évoluer quelques minutes ces oiseaux entre les vagues furieuses des cinquantièmes rugissants, puis disparaitre aussi soudainement qu’ils étaient apparus, reste quelque chose de magique… Mais c’est en fait toute la vie de l’albatros qui est fascinante, de sa façon de voler, à sa reproduction, en passant par ses capacités physiques.

Les Diomédéidés (famille des albatros) sont d’une manière générale des oiseaux de grande taille : 1,80 m d’envergure pour le plus petit, jusqu’à 3,40 m pour le plus grand. A l’issue de la saison d’élevage, de 140 à 280 jours selon les espèces, l’unique poussin quitte son nid et passera les 5 à 10 premières années de son existence en mer à errer par delà les océans, avant de revenir à terre pour la première fois et trouver un(e) partenaire. Ce n’est d’ailleurs qu’au terme d’un rituel très long (plusieurs années) composé de parades, de danses, de claquements de bec et de postures en tout genre, que le couple se formera pour la vie. Les 2 vidéos ci-dessous tournées dans l’Atoll de Midway (Pacifique Nord), illustrent parfaitement ce rituel grandiose avec l’albatros de Laysan (vidéo 1), puis l’albatros à pieds noirs (vidéo 2).

Aujourd’hui encore, le mystère plane (sans jeu de mot) quant à l’orientation de ces oiseaux. Comment retrouvent-ils des îles minuscules perdues au milieu de la mer chaque année ? Déjà au 19ème siècle, leurs performances étonnèrent les hommes. Par exemple en 1887, un albatros hurleur s’échouait sur une plage australienne avec une plaque autour du cou gravée 45 jours plus tôt par des naufragés, à 5 000 km de là !! Aujourd’hui, des moyens particulièrement performants permettent de suivre ces oiseaux ; les scientifiques qui utilisèrent ces appareils miniaturisés crurent à une erreur, lorsque les premières informations donnèrent des déplacements de 8000 kms et pourtant… De nos jours, nous savons que les albatros peuvent voyager 5 000 à 7 000 kms en 10-20 jours, ou encore 16 000 kms pour un individu en un seul voyage ! Mais dans ces vastes océans où il n’y a aucun repère, comment se fait l’orientation ? Est-ce le sens du vent et des vagues, la position des astres, le champ magnétique, l’odorat ? Sans doute un peu de tout cela en même temps…

Mais aujourd’hui, 18 des 22 espèces d’albatros sont menacées. La pêche à la palangre tue selon les estimations 100 000 individus par an. La technique consiste à déployer à l’arrière d’un navire, une ligne de plusieurs kilomètres de long sur laquelle se trouve des milliers d’hameçons. Accrochés après avoir ingurgités les appâts, les albatros finissent par se noyer. Les mesures de protection proposées depuis quelques années portent leurs fruits, mais sont encore insuffisantes, d’autant plus que certains pays rechignent à les adopter. La pollution des mers et océans est également dramatique pour ces oiseaux et je pense que la bande annonce ci-dessous, du film de Chris Jordan (dont la sortie est annoncée en 2012), se passe de commentaires…

Pour finir sur une note positive, voici un hommage à ces oiseaux de légende que l’on peut lire dans l’un des endroits les plus mythiques du globe : le cap Horn. Ce poème de Sara Vial en souvenir des cap-horniers, est gravé sur une plaque de marbre exposée sur le chemin menant à la sculpture représentant un albatros :

« Je suis l’albatros qui t’attend
Au bout du monde.
Je suis l’âme en peine des marins morts
Qui ont doublé le cap Horn
Depuis toutes les mers du globe.
Mais tous n’ont pas péri
Dans les vagues déchaînées,
Aujourd’hui, ils volent sur mes ailes,
Pour l’éternité,
Dans une dernière étreinte
Des vents antarctiques. »

En savoir plus :
– Campagne de protection des albatros : Save the albatross
ACAP (Accord sur la Conservation des Albatros et des Pétrels)
– Le livre le plus complet sur les albatros avec des photos extraordinaires ici

2 réponses
  1. blanchon dit :

    Merci Samuel pour la belle écriture de cet article documenté. La bande-annonce du film de Chris Jordan est à ne pas rater : encore une fois, puisse la magnificence de l’albatros nous rappeler qu’à la beauté de la nature, l’homme reste un invité malgré sa bien mauvaise tenue…

  2. St-Pierre Claudette dit :

    Bonjour bels gens. Je rentre d’un séjour en Patagonie et principalement d’une croisière sur Vénus. J’ai vu le Cap Horn et les nombreux glaciers du Beagle. C’est avec beaucoup de nostalgie que j’ai quitté ces lieux il y a deux jours. Votre page que j’ai trouvée par hasard va m’aider à faire la transition entre ces états de liberté et le retour au boulot, même si je vis dans un bel endroit du monde. Merci infiniment.

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