Nos différents séjours de l’Arctique à l’Antarctique du coté pacifique du globe, nous amènent à retrouver avec plaisir et admiration à chaque saison, un oiseau aux déplacements impressionnants : le puffin à bec grêle.

Puffin à bec grêle sur l'île de Wedge en Tasmanie © Samuel Blanc
Puffin à bec grêle sur l’île de Wedge en Tasmanie © Samuel Blanc

Du coté de l’Australie

Avec une population mondiale estimée à 23 millions d’oiseaux reproducteurs, le puffin à bec grêle est l’oiseau de mer le plus abondant d’Australie. Ses principaux sites de reproduction se trouvent dans le Détroit de Bass, entre Australie et Tasmanie et autour de cette dernière qui compterait 167 colonies et plus de 10 millions de terriers ! Ceux-ci, creusés dans un sol meuble, peuvent atteindre jusqu’à 2 mètres de profondeur. Les oiseaux regagnent en général leur nid de nuit et le quittent au lever du jour, sans doute pour limiter la prédation par d’autres oiseaux et mammifères. Lorsqu’ils élèvent leur unique jeune, les puffins ont la capacité de transformer les proies ingérées en une huile de masse inférieure, une méthode efficace pour transporter de la nourriture sur de longues distances.

Cartes des sites de reproduction du puffin à bec grêle autour de la Tasmanie © 2010 State of Tasmania
Cartes des sites de reproduction du puffin à bec grêle autour de la Tasmanie © State of Tasmania
Terriers de puffin à bec grêle sur l'île de Wedge en Tasmanie © Samuel Blanc
Terriers de puffin à bec grêle sur l’île de Wedge en Tasmanie © Samuel Blanc

Une longue migration

Les amoureux des oiseaux connaissent sans doute tous la longue migration de la sterne arctique d’un hémisphère à l’autre, mais le puffin à bec grêle n’est pas en reste à ce sujet. A la fin de leur saison de reproduction (avril/mai), les oiseaux s’envolent vers le sud afin d’effectuer une halte d’une durée moyenne de 25 jours dans une zone d’eaux profondes, froides et très productives de l’océan austral, située au sud du front polaire et au nord-ouest de la mer de Ross. Une fois cette pause (sans nul doute alimentaire) terminée, les puffins s’envolent ensuite vers le Nord en direction du Japon où certains oiseaux décident de rester dans une vaste région comprise entre le nord du Japon, l’île de Sakhaline, la mer d’Okhotsk et les îles Kouriles, alors que d’autres préfèrent partir plus vers l’Est au niveau des îles Aléoutiennes et de la mer de Béring. Là encore, le choix de ces deux zones n’est pas dû au hasard, puisqu’il s’agit de régions très productives. Après une moyenne de 150 jours passés dans ces régions de l’hémisphère Nord, les puffins s’envolent de nouveau vers l’Australie en suivant une trajectoire plutôt directe à l’ouest des îles Hawaï. Leurs déplacements se font au rythme moyen de 690 km/jour, leur permettant ainsi après 18 jours de voyage de rejoindre leur site de reproduction pour une nouvelle saison. Bilan du voyage depuis l’Australie : 59 000 km en moyenne !

Carte des trajets de migration du puffin à bec grêle
Carte des trajets de migration du puffin à bec grêle

Déjà connu du temps de James Cook

L’espèce a été décrite pour la première fois en 1838 par le zoologiste hollandais Coenraad Jacob Temminck, auteur de nombreuses œuvres sur les oiseaux qui firent référence pendant de nombreuses années. A l’époque cependant, la répartition géographique de l’espèce ne semble être connue que dans les mers autour du Japon. Soixante ans plus tôt, William Ellis, le chirurgien en second à bord d’un deux navires participant au troisième voyage du capitaine Cook autour du monde, avait d’ailleurs réalisé la première aquarelle du puffin à bec grêle, alors que l’expédition naviguait dans le Pacifique Nord.

Puffin à bec grêle © William Ellis
Aquarelle d’un puffin à bec grêle par William Ellis en 1778

Des rencontres impressionnantes

Que se soit à l’approche de la mer de Ross ou en mer de Béring, nous retrouvons à chaque saison les puffins à bec grêle. Les rencontres avec cet oiseau sont bien souvent spectaculaires. Il y a quelques années, non loin de la côte de la Tchoukotka, nous avions changé de cap pour aller constater que le véritable vortex sombre qui se laissait entrapercevoir sur l’horizon, était en fait un regroupement de plusieurs centaines de milliers d’individus. Le bruit de leurs ailes au décollage, mêlés au son du souffle de quelques baleines venus s’alimenter dans le même espace, reste un souvenir mémorable. Et que dire que l’observation de cette même espèce six mois plus tard à l’autre bout de la planète parmi les glaces à l’approche de l’Antarctique ?

Références :

  • Skira, I., The Short-tailed Shearwater: a review of its biology. Corella 15, 1991
  • Brooke, M. de L., The food consumption of the world’s seabirds. Proceedings of the Royal Society of London – B. Biological Sciences 271 (2004)
  • Mark J. Carey, et al., Trans-equatorial migration of Short-tailed Shearwaters revealed by geolocators, Emu – Austral Ornithology, 114:4, 352-359, 2014
  • Coenraad J. Temminck et Guillaume M. J. Meiffren Laugier, Nouveau recueil de planches d’oiseaux pour servir de suite et de complément aux planches enluminées de Buffon, volume 5, F. G. Levrault, 1838
  • Parks & Wildlife Service Tasmania
  • New Zealand Birds Online
  • Australian Antarctic Division
1 réponse
  1. Christiane Monney dit :

    Merci pour ces superbes photos et cet article très intéressant ! Sincères félicitations ! Quel magnifique oiseau ! Merci de nous faire partager votre expérience, vos voyages.

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