Glacier

Nous vous proposons ci-dessous, une série d’article sur le thème glacier. Découvrez comment cette vaste étendue de glace terrestre se forme, évolue, fond et se déplace.

Désert de pierres de la Terre du Nord

Lors de notre voyage en arctique russe via la Route Maritime du Nord ou passage du Nord-Est, nous avons visité l’archipel de la Terre du Nord (Severnaya Zemlya en russe). Cet archipel comprend quatre grandes îles (Révolution d’Octobre, Bolchévique, Komsomolets et Pionnier) et une cinquantaine de taille secondaire. Situé à une soixantaine de kilomètres au nord du cap Chelyuskin, le point le plus septentrional du continent eurasiatique, l’archipel de la Terre du Nord compte les toutes dernières grandes terres découvertes par l’homme. C’est l’Arctic Ocean Hydrographic Expedition, dirigée par Boris Vilkitsky et composée des brises-glace Vaïgach et Taimyr, qui découvrit l’archipel en septembre 1913. Baptisée alors Terre de l’Empereur Nicolas II, l’archipel fut renommé en 1926 Severnaya Zemlya. Il y a moins d’un siècle, ces terres n’étaient toujours pas complètement cartographiées et explorées. Il faut dire que le détroit de Vilkitsky, qui sépare la péninsule de Taïmyr de la Terre du Nord, est l’un des passages maritimes les plus complexes à entreprendre en raison de la banquise. Des brises-glace russes y sont d’ailleurs régulièrement stationnés en été pour aider tout navire qui demanderait assistance.

Les quatre plus grandes îles de l’archipel sont toutes caractérisées par la présence de calottes polaires, dont celle de l’Académie des Sciences située sur l’île Komsomolets, qui est la plus grande étendue glaciaire terrestre de la Russie, s’étendant sur plus de 5000 km² et d’une épaisseur de plus de 800 mètres. Du fait de la présence de ces glaciers, la Terre du Nord est un important émissaire d’icebergs, y compris d’icebergs tabulaires venant de plateformes glaciaires, généralement rares en Arctique.

Notre découverte de cette Terre du Nord fut accompagnée de beaux moments d’émotions devant ces immenses glaciers, ces paysages polaires et ces lumières si particulières au Grand Nord. Mais ce furent sans doute les déserts polaires que nous avons foulés ici qui nous ont le plus marqués. De véritables déserts de pierres, sur lesquels survivent principalement lichens et mousses, mais aussi quelques plantes à fleurs comme le pavot arctique, qui s’y accrochent avec bravoure. Nous réalisions la chance qui nous était offerte de fouler des terres que si peu de personnes ont au mieux aperçues. Des îles encore moins visitées que l’Antarctique, loin des routes touristiques habituelles et que le brouillard, le vent, les glaces et la complexité de la bureaucratie russe, portent loin des regards du monde. Nous ne savions plus où regarder, comment cadrer nos photos : vues paysagères, formes géométriques, détails de roches décorées de lichens… Et ou mettre les pieds… A chaque pas dans ce désert polaire, nous nous disions que personne n’avait sans doute encore emprunté notre chemin. C’en était presque gênant de déplacer les pierres sur lesquelles nous marchions. Nous avions l’impression de déranger dans ce monde immuable et silencieux, dans ce dédale de pierres découpées par le gel, sculptées et ordonnées par le vent. Notre esprit était contemplatif mais nos pas semblaient lourds. Nous nous demandions si nous ne devions pas remettre ces pierres à l’endroit précis où elles étaient avant notre passage, elles qui n’avaient probablement pas bougé depuis des centaines voire des milliers d’années…

 

Le glacier de Monaco

Je vous rassure je n’ai pas perdu la boule ! Certes il n’y a pas (encore) de glacier à Monaco, mais un géant de glace porte bel et bien ce nom au Spitzberg. Celui-ci se trouve au Nord-Ouest de l’archipel du Svalbard, dans le Liefdefjord. il a été nommé ainsi en hommage à un des fondateurs de la science océanographique, Albert Honoré Charles de Monaco (1848-1922).

Après des campagnes océanographiques dans l’océan Atlantique, il décidera d’étendre ses recherches aux régions polaires et au Svalbard en particulier. Albert de Monaco s’y rend pour la première fois en juillet 1898 où il effectue de nombreux dragages et explore des parties intérieures de l’archipel. En 1899, le prince, tombé amoureux des paysages polaires, décide de faire une nouvelle séance de recherche au Spitzberg pour des travaux hydrographiques. Il ramènera de ces deux expéditions une grande quantité de collections qui sont exposées au musée océanographique de Monaco, qu’il a lui-même fondé.
Quand à moi je vous donne rendez-vous dans un mois, pour vous faire part de mes deux prochains voyages dans le Nord-Ouest du Groenland et le Nunavut, puis dans le parc national du Nord-Est du Groenland, bon été !

Le glacier Mertz se rompt

Une spectaculaire collision serait à l’origine de la rupture du glacier Mertz en Antarctique à 240 kilomètres de la base française Dumont d’Urville. C’est en effet vraisemblablement un iceberg gigantesque (95 km de long sur 20 km de large) nommé B9B qui aurait percuté mi-février la langue du glacier Mertz.

Mais revenons en arrière ; ce glacier tire son nom de Xavier Guillaume Mertz, explorateur suisse décédé en Antarctique alors qu’il effectuait un raid d’exploration au cours de l’expédition Aurora de 1911 à 1914, sous la direction de Douglas Mawson et du lieutenant Belgrave Edward Sutton Ninnis. Ce raid est un des plus terrible de l’histoire de l’exploration antarctique ; après la disparition de Ninnis dans une crevasse entraînant avec lui six chiens, la plupart des rations, la tente et d’autres fournitures essentielles, c’est Mertz qui décèda le 7 janvier 1913. Il fut la première personne dont la cause de la mort a été répertoriée comme « Hypervitaminose A ». En effet, en raison de la disparition de leur nourriture suite à l’accident de Ninnis, Mawson et Mertz durent manger leurs chiens ce qui provoquera un empoisonnement à la vitamine A à cause des foies des chiens (en savoir plus sur cette expédition).

Depuis, sur les cartes de l’Antarctique, deux glaciers portent des noms dorénavant connus ; celui de Ninnis et celui de Mertz.
Ce dernier est un courant glaciaire particulièrement crevassé, d’environ 72 km de long sur 32 km de large, se terminant par une langue de glace mesurant jusqu’à présent environ 160 km de long. C’est cette langue de glace (ne mesurant maintenant plus que 80 km de long), qui s’est rompue suite à la collision avec l’iceberg B9B, créant ainsi un nouvel iceberg de 78 km de long sur 33 à 39 km de large.

Le glacier Mertz est suivi depuis près de 15 ans par les scientifiques du programme CRACICE (Collaborative Research into Antarctic Calving and ICeberg Evolution) qui étudient l’évolution des glaciers côtiers de l’Antarctique et les mécanismes de formation des icebergs. L’équipe suivait en particulier le développement des crevasses transverses qui s’étaient quasiment rejointes lorsque l’iceberg B9B est venu impacter le flanc Est de la langue de glace entraînant la séparation finale. Ces études font appel aux images satellite et à un réseau de balises GPS déployé sur le glacier à partir des moyens mis en œuvre par l’Institut polaire français (notamment des hélicoptères et le navire L’Astrolabe).

Les trois photos satellite ci-dessous montrent parfaitement l’évolution entre le 7 janvier et le 20 février 2010.

Glacier Mertz et iceberg B9B © Neil Young
Glacier Mertz et iceberg B9B © Neil Young
Glacier Mertz et iceberg B9B © Neil Young

Photo primée à Festimages Nature

Il y a des nouvelles un dimanche matin après un petit déjeuner en terrasse, en amoureux, au soleil et au pied des falaises du Vercors, qui font du bien !
En effet, la photo ci-contre du Glacier Brasvell au Spitzberg a reçu le premier prix dans la catégorie paysages au Festival Festimages Nature dont la soirée de clôture a eu lieu hier soir.

Un grand merci donc à ce festival 100% associatif, ainsi qu’au jury présidé par Jean-François Hellio et Nicolas Van Hingen !

J’en profite pour en être issu et y avoir travaillé, pour rendre hommage à toutes ces associations qui souvent avec des moyens dérisoires, œuvrent avec cœur et sans relâche à la protection des espaces naturels, des espèces animales et végétales, et des ressources naturelles !