Articles

Le glacier Mertz se rompt

Une spectaculaire collision serait à l’origine de la rupture du glacier Mertz en Antarctique à 240 kilomètres de la base française Dumont d’Urville. C’est en effet vraisemblablement un iceberg gigantesque (95 km de long sur 20 km de large) nommé B9B qui aurait percuté mi-février la langue du glacier Mertz.

Mais revenons en arrière ; ce glacier tire son nom de Xavier Guillaume Mertz, explorateur suisse décédé en Antarctique alors qu’il effectuait un raid d’exploration au cours de l’expédition Aurora de 1911 à 1914, sous la direction de Douglas Mawson et du lieutenant Belgrave Edward Sutton Ninnis. Ce raid est un des plus terrible de l’histoire de l’exploration antarctique ; après la disparition de Ninnis dans une crevasse entraînant avec lui six chiens, la plupart des rations, la tente et d’autres fournitures essentielles, c’est Mertz qui décèda le 7 janvier 1913. Il fut la première personne dont la cause de la mort a été répertoriée comme « Hypervitaminose A ». En effet, en raison de la disparition de leur nourriture suite à l’accident de Ninnis, Mawson et Mertz durent manger leurs chiens ce qui provoquera un empoisonnement à la vitamine A à cause des foies des chiens (en savoir plus sur cette expédition).

Depuis, sur les cartes de l’Antarctique, deux glaciers portent des noms dorénavant connus ; celui de Ninnis et celui de Mertz.
Ce dernier est un courant glaciaire particulièrement crevassé, d’environ 72 km de long sur 32 km de large, se terminant par une langue de glace mesurant jusqu’à présent environ 160 km de long. C’est cette langue de glace (ne mesurant maintenant plus que 80 km de long), qui s’est rompue suite à la collision avec l’iceberg B9B, créant ainsi un nouvel iceberg de 78 km de long sur 33 à 39 km de large.

Le glacier Mertz est suivi depuis près de 15 ans par les scientifiques du programme CRACICE (Collaborative Research into Antarctic Calving and ICeberg Evolution) qui étudient l’évolution des glaciers côtiers de l’Antarctique et les mécanismes de formation des icebergs. L’équipe suivait en particulier le développement des crevasses transverses qui s’étaient quasiment rejointes lorsque l’iceberg B9B est venu impacter le flanc Est de la langue de glace entraînant la séparation finale. Ces études font appel aux images satellite et à un réseau de balises GPS déployé sur le glacier à partir des moyens mis en œuvre par l’Institut polaire français (notamment des hélicoptères et le navire L’Astrolabe).

Les trois photos satellite ci-dessous montrent parfaitement l’évolution entre le 7 janvier et le 20 février 2010.

Glacier Mertz et iceberg B9B © Neil Young
Glacier Mertz et iceberg B9B © Neil Young
Glacier Mertz et iceberg B9B © Neil Young