Terre Adélie

Récits d'un hivernage en Terre Adélie (Antarctique) sur la base scientifique française Dumont d'Urville. 56ème mission

10 février 2007

Ce n'est qu'un au revoir...

Antarctique... top... samedi 10 février, il est 14h00, heure locale...top... l'hélico, après un dernier survol du continent blanc, vient de les déposer sur l'Astrolabe...top... il appareille, lance sa fumée et sa sirène...top... sur le pont, les bras resteront levés le plus haut et le plus longtemps possible...top... ils quittent la Terre Adélie...top... ils vont bientôt se confondre à l'horizon...top... pour  que jamais ne s'arrêtent la vie et son aventure...

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08 février 2007

Fin de l' aventure...

lettre n° 56 : jeudi 8 février 2007

                                            " Fin de l'aventure"

      Il parait que toutes les bonnes choses ont une fin... A croire que seules les mauvaises n'en ont pas ! Me voici donc à quelques heures seulement de quitter la Terre Adélie, et cet endroit magique où je viens de passer seize mois. Seize mois durant lesquels les superlatifs n'ont pas de nom, car  "... L' Antarctique a cette force d'attraction des choses inaccessibles qui appellent l' Homme à s'engager avec passion. Ainsi ne revient-on jamais le même d'un long séjour sur le continent blanc. Dans cet univers sans repère, sans odeur, sans couleur autre que le bleu et le blanc, sans bruit autre que celui du vent, dans ce monde d'une infinie pauvreté sensorielle, l' Homme n'a pas d'autre issue que d'apprendre à s'apprivoiser lui-même. Quand on a oublié qu'il fait froid, que le silence est infini, qu'on s'est défait de l'agitation du monde, quand l'insdispensable se réduit à peu de choses, on sent grandir en soi le bonheur de l'harmonie, ce sentiment agréable où en toute sérénité on se sent bien là où on avait rêvé d'être..."

          Samedi 10 février, celui qui navigue depuis plusieurs années déjà dans les quarantièmes et cinquantièmes rugissants, et qui porte le nom d'un des navires de Jules Sébastien César Dumont d' Urville, me ramènera en Tasmanie, l'occasion de contempler durant les six jours de traversée ces géants des mers que sont les Albatros. Ensuite, eh bien ! ce sera l' Australie pour un à deux mois de vacances avant de rentrer en France sans doute fin avril.

      Ce dernier mail est l'occasion pour moi de remercier sincèrement :

- les chercheurs (Henri Weimerskirch, Yves Cherel, Olivier Chastel, Charly Bost, Christophe Barbraud, Christophe Guinet) du groupement Ecologie des Oiseaux et des Mammifères marins des Terres Australes et Antarctiques Françaises, du Centre d'Etudes Biologiques de Chizé, pour la chance qu'ils m'ont offerte et la confiance qu'ils m'ont accordée en me permettant de travailler sur la faune de Terre Adélie.

- l' Institut Polaire Français Paul-Emile Victor, de m'avoir rendu accessible et possible cette mission en Antarctique.

- ma famille pour son soutien indéfectible dans cette fantastique aventure polaire.

- Jean-Benoît Charassin (Muséum National d'Histoires Naturelles), et Virginia Andrews-Goff (Antarctic Wilddlife Research Unit, University of Tasmania) pour m'avoir impliqué dans le programme de suivi des Phoques de Weddell de Terre Adélie.

- Jean-Baptiste Strobel, ami fidèle, hivernant au même poste en 2001 sans qui, s'il ne m'avait parlé un soir autour d'un verre de la Terre Adélie, je ne serai pas là.

- vous tous, inscrits à cette liste de diffusion ( deux cent quatre vingt cinq inscrits), dont je ne connais même pas le quart des personnes, pour vos messages de sympathie, vos interrogations, votre émerveillement, vos courriers, vos cadeaux...

            Je rentre bien entendu heureux de pouvoir retrouver ma famille, et mes proches avec un certain nombre d'idées en tête pour faire partager cette année passée ici : édition de cartes postales, posters, calendriers, expositions photos, conférences, diaporamas... Année polaire oblige, les sollicitations seront sans doute nombreuses, et elles commencent déjà ! Le nouveau site internet www.dumont-durville.ift.fr est terminé, avec plus de cent cinquante pages contenant sons, vidéos, photos et texte. Il sera mis en ligne vers la fin avril.

Thomas, camarade de mission déjà rentré en France par la rotation précédente, m'écrivait il y a quelques jours : " J'espère que tu profites bien de ces dernières semaines dans ce pays hors du temps et du commun. Une fois rentré, on se demande vraiment si l'on a réellement vécu tout ça ! Par contre, pas facile de partager cette aventure : tout le monde me demande de raconter plein de trucs et surtout comment c'était ; mais c'est très dur de répondre à ces attentes."

Merci enfin, de bien vouloir également prendre note de ma nouvelle adresse à laquelle il faudra dorénavant m'écrire dès demain, neuf février : samuel.blanc"@"sblanc.com .

A bientôt...en France !

     Qu' est ce que ce fut bon !    Mais..., que c'est dur !...

Proveysieux

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07 février 2007

Missive des Manchots à leur pote...

                                                                                              Terre Adélie, début février

                                              Salut p'tit frère l' Empereur,

                        Les nouvelles chez nous sont toujours fraîches et donc circulent vite. La dépêche de Pointe Géologie (qui tire à droite comme tu le sais, alors que celle de l'Ile des Pétrels vire à gauche), titre ce matin à la Une : " Samuel, l'ornitho de la TA 56 nous quitte dans quelques heures avec ses copains ". Ayant aperçu l' Astrolabe au mouillage, oiseau majestueux vert et rouge qui résiste aux glaces et aux tempêtes, nous avons décidé hier soir lors de notre dernier conseil de Manchots, que le moment était venu de t'adresser quelques lignes, avec ce toucher de plume dont nous avons le secret.

            Nous voulons te remercier de ta visite, et de ton affection pour nous. Tout est dit.

     Nous n'oublierons pas tes nuits blanches lorsque le vent et la tempête faisaient bouger ton lit. Toi, dedans, tu ne dormais pas, inquiet comme l'est un frère pour nous, dehors. Et au matin, dans le blizzard, nous étions au rendez-vous, fringants, pour te rassurer. " Mais comment avez-vous fait pour résister avec les petits cette nuit ? "

     Et puis, nous t'avons vu tellement malheureux et défait ce fameux deux décembre dernier derrière tes jumelles, impuissant, à scruter nos centaines et centaines de petits que nous avions tant chéris et protégés du froid, partir à la noyade sur notre plaque dérivante en pleine débâcle.

     Je n'oublierai pas non plus notre première rencontre. Nous étions un jeudi de novembre et tu venais d'arriver chez nous, sans tes malles d'ailleurs. Ce premier regard : c'était moi. Tu te rappelles : je me suis détaché de notre colonne pour venir, dans ce déhanchement si particulier, te saluer. Nous sommes restés là de longues minutes, nez contre bec, à nous dévisager l'un l'autre, laissant la parole au silence. Je leur ai raconté notre première rencontre et nom d'un Pétrel ! tu étais bien gauche avec ton appareil hésitant à m'immortaliser comme vous dites ! Tu tremblais dans ta belle tenue hivernale aux couleurs bleues du glacier derrière toi. Tu t'es figé, comme on l'est ici dans les glaces, avec tant de respect dans les yeux pour vivre cet instant présent comme un gage d'éternité.

      On a même su que tu avais pris des cours du soir pour apprendre le manchot antarctique. Tu t'es bien débrouillé et il n'a pas fallu longtemps pour que l'on se comprenne. De toutes façons, on comprend toujours les gens que l'on respecte.

     Avec le Pétrel, Skua, Fulmar, Damier du Cap, notre cousin l' Adélie, et même ce lourdaud de Weddell, et le Léo des mers qui vient de se pointer, nous tenons tous à te dire merci. Remercie également tous tes copains et copines de la base, chacun à sa tâche, chacun à ses rêves : vous avez été tous sympas pour nous.

     Dis leur quand même là-bas, qu'ils sont en train de déconner un peu trop avec la planète. Nous, on vibre avec elle et on le sent bien : ça ne pourra pas durer. Dis leur qu'ils se creusent une énorme tempête s'ils continuent ; là, où au coeur même de l'hiver antarctique, nous savons, nous, offrir paix et chaleur. C'est quand même pas si compliqué....

     Quand l'Astrolabe demain appareillera et lancera sa sirène, nous serons tous là. Nous vous suivrons longtemps sur l'horizon et même bien plus loin encore : nous sommes plus doués que les hommes pour ça.

     L'un de nos potes rentre chez lui. Nous l'avons accueilli chez nous. Là-bas, ils l'attendent. Et le connaissant comme on le connaît maintenant, nous ne sommes pas surpris qu'ils le languissent un peu. Avec toi, petit Empereur, ce fut du bonheur. A partager. Et ta route en sera pleine. Tu ne quitteras pas indemne notre terre. Son silence majestueux, son immensité révérencieuse, sa vibration indicible, son ciel aux aurores glaciales t'illumineront partout et longtemps.

Alors, salut l' Empereur. Bon vent. Si notre plume tremble un peu, ce n'est pas de froid. Tu es des nôtres.

                                                                                 Les Manchots n'oublient jamais

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03 février 2007

l'arche

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21 janvier 2007

la bête...

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...celle de droite bien sûr ! costaude certes, mais plutôt gelée et quelque part assez chenille...

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23 décembre 2006

toi, tu nous couves quelque chose !

"celui qui n'a pas Noël dans le coeur, ne le trouvera jamais au pied d'un arbre" (Roy L.Smith)1922

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06 décembre 2006

158...159... et 160.

une colonne de 160 empereurs sur la banquise (ou du moins ce qu'il en reste)

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28 octobre 2005

Un monde de glace

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Après une bonne nuit sans roulis, l’Astrolabe reprend le large dans les glaces. L’ancien capitaine (qui effectue sa dernière rotation pour cause de retraite), le nouveau, et le second, respectivement Yves, Michel et Stanislas, se relayent pour trouver un passage dans le pack de glace.

A 10h45 le premier phoque est noté sur la banquise et à 12h30, le premier manchot empereur. Suivront vers 14h30 un premier groupe de manchots Adélie.

On sent que la faune commence à être bien présente, plusieurs oiseaux tournent autour du bateau, de plus en plus de phoques se prélassent entre les blocs de glace, certains auraient même aperçus une baleine…

Niveau météo, la température extérieure est tombé à

-11°C

, le brouillard s’est relevé et une tempête de neige fait rage rendant la visibilité quasi nulle. Pour remédier à cela, le second, est monté dans le « nid de pies », une cabine de 10m de haut au dessus du bateau qui permet d’avoir une meilleure vision globale de ce qui se trouve devant nous. Par radio VHF, il guide le capitaine qui lui est aux commandes à la passerelle.

Si le bateau arrive à avancer sans trop de peine, l’arrivée à la base est pour demain mardi, une semaine après notre départ d’Hobart.

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23 octobre 2005

Il neige, il fais gris, et pourtant...

La nuit a été très courte puisque l’océan ne nous a pas laissé vraiment dormir. Je décide vers 6h45 de monter à la passerelle. Le temps est gris avec du brouillard et il neige. Le radar indique un point assez gros devant nous à bâbord. Je n’ose poser la question, mais de toute façon c’est le capitaine en personne qui me dit que je vais être le premier à voir le premier iceberg. Et en effet, tranquillement, surgissant de la pénombre, un bloc de glace se dessine et passe majestueusement à une centaine de mètres du bateau. C’est donc ça un iceberg, un puissant « glaçon » comme l’appelle le capitaine, qui passe droit et fier et disparaît rapidement à l’arrière du bateau.

Quelques heures passent et enfin le pack est devant nous, une masse imposante de plaque de glace en tout genre. L’Astrolabe réduit sa vitesse, rempli ses ballastes arrières d’eau afin de pouvoir refroidir les moteurs mais également de surélever son avant, et commence sa lente avancée dans le pack. Le capitaine le conduit en slalomant à travers les gros blocs, comme on conduirait un vélo sur une route sinueuse. A bord les rires se font entendre, les commentaires fusent, le cuisinier nous mijote du saumon avec des crevettes et ses bonnes frites maison, le tout arrosé d’un bon rouge australien. Les appareils photos et autres caméscopes sont sortis pour l’occasion, et un CD de Dalida est diffusé à la passerelle rajoutant encore plus de bonne humeur !

 

Il reste environ 500km à parcourir dans la glace qui va se faire de plus en plus dense.

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18 octobre 2005

L'aventure commence

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Après un cumul de près de 22h d’avion depuis Roissy Charles de Gaulle, une journée à Hong Kong, et quelques heures à Sydney, nous voici à Hobart. Cette petite, mais non moins charmante ville, se trouve sur l’Ile de Tasmanie au sud de l’Australie.

Arrivée lundi 17 octobre en fin de journée, nous découvrons enfin l’Astrolabe, ce navire sur lequel nous avons entendu tant de choses (essentiellement des mauvaises) est à quai. Le personnel du port est en train de le charger depuis 2 jours déjà. Nous prenons possession de note cabine (par 4 ou 6). Après un très bon repas en ville et une bonne nuit sur le bateau, nous voilà à quelques heures du départ.

L’attraction de ce mardi 18 octobre sur l’Astrolabe, est le chargement vers midi en soute des deux hélicoptères qui serviront à le décharger dans quelques jours.

Après d’habiles manœuvres de chargement, le navire quitte à 14h son quai pour en rejoindre un autre afin de faire le plein de carburants (350 mètres cube). Pendant ce temps, un briefing nous est fait quand à la vie à bord et les conditions de sécurité notamment par gros temps (évacuation du bateau, tenue d’immersion, radeaux et bateaux de sauvetage…).

Nous profitons des dernières heures pendant lesquelles le bateau est à quai, pour faire connaissance, s’installer dans nos cabines, visiter le navire…

L’Astrolabe appareille de la baie d’Hobart à 22h, direction la base Dumont d'Urville à 2 700km...

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