Archives du mois de février 2010

Le glacier Mertz se rompt

Une spectaculaire collision serait à l’origine de la rupture du glacier Mertz en Antarctique à 240 kilomètres de la base française Dumont d’Urville. C’est en effet vraisemblablement un iceberg gigantesque (95 kms de long sur 20 kms de large) nommé B9B qui aurait percuté mi-février la langue du glacier Mertz.
Mais revenons en arrière ; ce glacier tire son nom de Xavier Guillaume Mertz, explorateur suisse décédé en Antarctique alors qu’il effectuait un raid d’exploration au cours de l’expédition Aurora de 1911 à 1914, sous la direction de Douglas Mawson et du lieutenant Belgrave Edward Sutton Ninnis. Ce raid est un des plus terrible de l’histoire de l’exploration antarctique ; après la disparition de Ninnis dans une crevasse entraînant avec lui six chiens, la plupart des rations, la tente et d’autres fournitures essentielles, c’est Mertz qui décèdera le 7 janvier 1913. Il fut la première personne dont la cause de la mort a été répertoriée comme « Hypervitaminose A ». En effet, en raison de la disparition de leur nourriture suite à l’accident de Ninnis, Mawson et Mertz durent manger leurs chiens ce qui provoquera un empoisonnement à la vitamine A à cause des foies des chiens. Depuis, sur les cartes de l’Antarctique, deux glaciers portent des noms dorénavant connus ; celui de Ninnis et celui de Mertz.
Ce dernier est un courant glaciaire particulièrement crevassé, d’environ 72 kms de long sur 32 kms de large, se terminant par une langue de glace mesurant jusqu’à présent environ 160 kms de long. C’est cette langue de glace (ne mesurant maintenant plus que 80 kms de long), qui s’est rompue suite à la collision avec l’iceberg B9B, créant ainsi un nouvel iceberg de 78 kms de long sur 33 à 39 kms de large.
Le glacier Mertz est suivi depuis près de 15 ans par les scientifiques du programme CRACICE (Collaborative Research into Antarctic Calving and ICeberg Evolution) qui étudient l’évolution des glaciers côtiers de l’Antarctique et les mécanismes de formation des icebergs. L’équipe suivait en particulier le développement des crevasses transverses qui s’étaient quasiment rejointes lorsque l’iceberg B9B est venu impacter le flanc Est de la langue de glace entraînant la séparation finale. Ces études font appel aux images satellite et à un réseau de balises GPS déployé sur le glacier à partir des moyens mis en œuvre par l’Institut polaire français (notamment des hélicoptères et le navire L’Astrolabe).
Les trois cartes ci-dessous montrent parfaitement l’évolution entre le 7 et le 20 février 2010.

Neko pour finir en apothéose

Et bien voilà, il fallait bien que ça se termine un jour. Déjà plus de deux mois que j’ai quitté la France, alors que j’ai l’impression de n’être parti qu’hier. Une nouvelle saison en Antarctique se termine ce jour même puisque nous remontons depuis quelques heures le Passage de Drake en direction d’Ushuaia. Quelle saison et que de souvenirs ; les Baleines à bosse du Détroit de Gerlache, les Léopards de mer à Pléneau, les icebergs tabulaires de la Mer de Weddell, les dizaines de milliers de manchots de la Géorgie du Sud ou encore de Baily Head, les lumières rasantes du Neumayer, le bleu des glaces de la Baie Paradis… Ce soir, se sont les teintes rosées sur les glaciers de l’Ile Brabant et les derniers icebergs tout d’ocre vêtus qui nous ont accompagné sur notre route vers le Nord.
Mais avant cela, cet après-midi il y avait le mythique, le majestueux, le légendaire Neko Harbour en guise de dernière escale. Un Neko Harbour comme je l’aime : sous un soleil radieux, sans vent, enveloppé dans un beau ciel bleu. J’y étais bien au milieu des derniers poussins de Manchots papous de la saison, des craquements du glacier, des bruits de l’eau…
Certains l’auront peut-être remarqué, mais je rentre en effet un mois avant ce qui était initialement prévu. Il faut dire qu’un petit changement de dernière minute m’a fait écourter ma saison, je vous en reparle dans quelques jours…
Permettez-moi en guise de conclusion, de laisser la place au Commandant Charcot puisque nous étions sur ses terres : « Pendant que je regarde vers le large, le soleil se couche insensiblement, les teintes bleues si variées et si douces des icebergs sont devenues plus crues, bientôt le bleu foncé des crevasses et des fentes persiste seul, puis graduellement succède avec une douceur exquise une teinte maintenant rose et c’est tellement beau, qu’en me demandant si je rêve, je voudrais rêver toujours. On dirait les ruines d’une énorme et magnifique ville tout entière du marbre le plus pur, dominée par un nombre infini d’amphithéâtres et de temples édifiés par de puissants et divins architectes. Le ciel devient une coquille de nacre où s’irisent, en se confondant sans se heurter, toutes les couleurs de la nature… Sans que je m’en aperçoive, la nuit est venue et lorsque Pléneau, en me touchant l’épaule, me réveille en sursaut de cette contemplation, j’essuie pertinemment une larme, non de chagrin, mais de belle et puissante émotion. »

La même émotion qui me gagne ce soir alors que la nuit tombe et que cet Antarctique que j’affectionne tant s’éloigne…

Antarctic Sound

Ce passage qu’est l’Antarctic Sound ou le Détroit Antarctic, marque le lien entre la Mer de Bransfield et celle de Weddell, d’un coté et de l’autre de la Péninsule Antarctique.
L’orthographe Antarctic avec un « c » à la fin et non « que » est juste puisqu’il s’agit du nom du navire utilisé par l’expédition suédoise menée par Otto Nordenskjöld en 1902 sous le commandement de Carles Antoine Larsen.
Mais ce 15 février, le détroit fut bloqué par un grand nombre d’icebergs et une glace très dense ne nous permettant pas d’accéder en Mer de Weddell. Nous sommes donc restés quelques heures à errer dans ce dédale absolument féérique de glace avec un Léopard de mer, quelques Orques épaulards et même pendant quelques fractions de secondes, un Manchot empereur. Pour ce dernier voyage de la saison, la Mer de Weddell s’est donc faite timide… Rendez-vous l’année prochaine.

En Mer de Weddell

Un nouveau voyage en Péninsule Antarctique se termine aujourd’hui… Nouveau et dernier départ ce soir avant la fin de la saison le 22 février. Au programme de cette semaine passée, il y avait notamment une belle navigation dans la Mer de Weddell. Cette mer tire son nom du marin anglais James Weddell qui la découvrit en 1823. L’écossais William S. Bruce l’explora presque entièrement entre 1902 et 1904. Une des particularité de cette mer, réside dans le fait qu’elle transporte énormément de glace et notamment de grands icebergs tabulaires provenant des plateformes de Larsen et Ronne.

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Pléneau

Située à l’extrémité du sud du Chenal Lemaire et à proximité de l’Ile Booth, l’Ile Pléneau est encore liée à l’expédition française menée par Jean-Baptiste Charcot en 1903-1905, puisqu’elle porte le nom du photographe de l’expédition : Paul Pléneau.
Les seuls habitants de cette île sont les Manchots papou avec environ 500 couples, mais il est également fréquent d’y apercevoir quelques Eléphants de mer et Otaries à fourrure. L’intérêt principal de l’Ile Pléneau réside notamment dans le fait qu’au nord, se trouve un cimetière d’icebergs. C’est en effet en raison d’eaux peu profondes, qu’un grand nombre de ces géants de glace viennent s’échouer ici pour le plus grand plaisir des yeux. Et parfois pour les plus chanceux, une baleine fait surface, un Léopard de mer joue près des embarcations et quelques Phoques crabiers se prélassent sur un morceau de glace.
Pléneau reste pour moi avec Neko Harbour, les deux plus beaux sites de la Péninsule Antarctique.