Archives du mois de décembre 2009

22°, 271 km/h

Le vent était annoncé hier soir, d’où le fait que nous nous mettions à l’abri dans la Baie de Cumberland à proximité de la station baleinière de Grytviken. Peu à peu, le vent a augmenté et à minuit, une terrible rafale s’est abattue sur la baie, faisant essuyer au navire une gîte de 22° par rapport au plan horizontal de la mer. Les yeux fixés sur l’anémomètre, l’équipage à la passerelle a vu le chiffre monter et monter encore pour atteindre 158 noeuds soit 271 km/h !! Dans mon lit, je me sens soulevé, tout tombe et se décroche, les placards s’ouvrent, enfin je glisse pour venir cogner le bureau avec l’ensemble du lit qui s’est déplacé de plus d’un mètre de son emplacement d’origine dans la cabine. Le commandant annonce que la situation est sous contrôle, mais l’équipe d’expédition est invitée avec une partie de l’équipage, à ranger un peu le navire. Nous retournons nous coucher, il est une heure du matin. Celles et ceux qui voulaient connaître le vent catabatique, s’en souviendront…

Caracara austral

On peut observer ce superbe rapace qu’est le caracara en Terre de Feu, au Cap Horn, et bien évidemment aux Iles Malouines où la population a été estimée à 500 couples dans les années 1990 ; ce qui en fait donc l’un des rapaces les plus rares au monde. Il niche soit à découvert au sommet d’une touffe de tussor, soit dans une cavité bien protégée dans une falaise. Mais d’une manière générale, toujours à proximité d’une colonie d’oiseaux (manchots, cormorans…). Il s’est donc spécialisé dans la capture de poussins et de lapins, mais également d’invertébrés glanés lorsqu’il marche dans les prairies des Iles Malouines. En 1908, cette espèce a été officiellement classée nuisible pour l’élevage des moutons, pour des raisons qui une fois encore semblent plus s’apparenter à une mauvaise réputation qu’autre chose. C’est ainsi que le caracara fût chassé sans relâche, le Gouvernement des Iles Malouines donnant des primes pour chaque prise ! Heureusement ce rapace bénéficie aujourd’hui de mesure de protection et les populations sont étroitement suivies. Si un jour vous voyez un rapace moucheté de plumes claires, courir dans les zones herbeuses des Malouines, il s’agira sans doute du Caracara strié. Intrigante rencontre en tout cas !

La Géorgie du Sud et ses rats

Dans mon article précédent, j’évoquais cette période sombre de la Géorgie du Sud avec dans un premier temps la chasse aux phoques, puis celle des baleines. Ces chasses ont non seulement eu pour conséquence la quasi disparition de certaines espèces de baleines, mais également l’introduction des rats de façon totalement involontaire. En effet, dès le début du vingtième siècle, ces rongeurs se sont peu à peu installés en Géorgie du Sud arrivant avec les bateaux, les hommes et le matériel. Bien évidemment, les rats se sont rapidement multipliés bénéficiant des restes de l’exploitation des baleines (graisse, peau, os…) mais également d’un habitat propice (logements des baleiniers, hangars, usines…).
Au milieu du vingtième siècle, les stations baleinières ferment une à une devant la raréfaction des prises. A partir de ce moment-là, les rats doivent trouver une nouvelle source d’alimentation ; ils s’éloignent peu à peu des quartiers occupés par les hommes pour se retrouver dans un milieu totalement différent. Ils arriveront finalement à s’y adapter grâce à la flore et la faune locale. En effet, cette végétation dense qu’est le tussok, leur fournit un habitat idéal, et en guise de nourriture, ils profitent des nombreux œufs et poussins d’oiseaux qui nichent dans des terriers ou au ras du sol, sans compter en plus, la présence d’eau douce. Leur développement se fait rapidement au détriment de certaines populations d’oiseaux qui elles décroissent. Les rats consomment également le tussok car ils y trouvent au cœur de la tige un apport en sucre conséquent. Cette problématique des rats se retrouvent également dans la plupart des iles sub-antarctiques (Kerguelen, Maquarie, Heard…) qui grâce à des opérations de dératisation commencent à recouvrer leur écosystème initial, mais les soucis posés par ces espèces invasives sont loin d’être réglés.
La première carte ci-dessous montre l’aire de répartition du Rat noir en Géorgie du Sud et la seconde, celle du Pipit de Géorgie du Sud, un petit oiseau endémique de l’île qui niche lui aussi dans le tussok. On remarque facilement que ces deux aires ne se recoupent absolument pas, les rats étant répartis au Nord de l’île là où les stations baleinières étaient implantées, alors que le pipit auparavant présent aussi dans ces zones, se trouve maintenant localisé au sud ou sur des iles, hors de portée des rats. Mais pourquoi les rats se trouvent-ils au nord et le pipit au sud ? Et bien tout simplement par ce que la Géorgie du Sud est recouverte à 55% de glaciers notamment en son centre. Les rats sont parfaitement incapables de franchir ces glaciers pour passer sur la côte sud. Ils forment donc une barrière naturelle permettant au pipit mais également à d’autres oiseaux, de bénéficier de zones vierges de rats. Il est bien évident que si les glaciers venaient à reculer ou disparaitre, cette barrière s’estomperait permettant la colonisation par les rats de ces zones encore vierges. Le gouvernement britannique aidé par des donations, mène depuis quelques années des opérations de dératisations afin de tenter de limiter le développement des rats qui, une fois encore, payent les erreurs de l’homme.

Carte de répartition du Rat noir en Géorgie du Sud

Carte de répartition du Pipit de Géorgie du Sud

La Géorgie du Sud et son histoire

Epave d'un navire de chasse à la baleine à Grytviken © Samuel BlancLa Géorgie du Sud, voilà un nom qui dans le milieu polaire laisse rêveur. Je crois que quinconque a fréquenté cette île n’en revient jamais indemne. Située à 2 150 kms à l’Est de la Terre de Feu, et à 1 300 kms au Nord Est de la Péninsule Antarctique, la Géorgie a été découverte par un marchand anglais du 17ème siècle alors que celui-ci remontait d’un voyage commercial entre le Chili et l’Europe. Pris dans une tempête, son navire arriva par hasard sur cette île. Celle-ci sera définitivement connue grâce au navigateur anglais James Cook, qui lors du second de ses trois voyages à la recherche de l’Antarctique, prend possession de ce territoire en janvier 1775, qu’il nomme Géorgie en hommage au roi George III du Royaume-Uni.
Dans son journal de bord Cook, relate des Otaries à fourrure en abondance, c’est la phrase de trop ; dès 1786, anglais et américains se lancent vers cet eldorado et massacrent en grande quantité. Au cours de la saison 1800-1801 par exemple, un navire américain ramena 51 000 fourrures de sa campagne de chasse, mais chose importante, il n’était que l’un des dix sept navires opérant dans la région ! La chasse s’arrêta d’elle même du fait de la raréfaction des otaries.
A la suite de cette chasse, les allemands installent une base de recherche à Royal Bay dans le cadre de la première année polaire internationale de 1882-1883, c’est le début de la recherche scientifique en Géorgie du Sud. On retrouve alors des noms bien connus dans le milieu polaire : le russe Bellingshausen qui cartographie les côtes ou encore le britannique James Weddell, qui mènera des travaux de sismologie. En 1902, une expédition suédoise avec comme commandant de navire Carl Anton Larsen, remarque de nombreuses baleines autour de la Géorgie du Sud. Il se dit aussi que la Baie de Grytviken serait un endroit idéal pour y installer une station baleinière. C’est ainsi que commence la seconde période sombre de cette île, puisque 175 000 baleines seront tuées ; la limite de ce massacre étant la capacité de stockage des stations baleinières. Au plus fort de l’exploitation baleinière, sept stations furent opérationnelles : Grytviken, Husvik, Stromness, Leith Harbour, Prince Olav Harbour, Gothul et Ocean Harbour ! Une fois de plus, la mer est « vidée » de ses baleines et la chasse s’arrête peu à peu.
Petit à petit, les anglais prennent conscience de la richesse de la Géorgie du Sud et de leurs erreurs du passé. Ils prennent alors la décision de mieux la connaître et de l’étudier. En 1969, une base de recherche est installée à King Eward Point à proximité de l’ancienne station baleinière de Grytviken. Mais au cours de la guerre de Malouines, les anglais doivent se rendre avant que leurs militaires ne reprennent le contrôle de la base. Depuis 1985, les Iles Sandwich du Sud et la Géorgie du Sud sont un territoire d’outre-mer britannique. Il y a donc un officier du gouvernement basé à Stanley aux Malouines et en été à King Edward Point, c’est lui qui a autorité sur le tourisme, la pêche, les opérations scientifiques…