Archives du mois de septembre 2009

Mais où est passé le Latham 47 ?

Je ne pensais pas reparler de Roald Amundsen après mes deux précédents articles. Mais voilà, la Norvège a encore montré récemment son attachement à son passé polaire, en se lançant notamment à la recherche de l’avion français le Latham 47. Celui-ci quitta Tromsø le 18 juin 1928, dans le but de secourir l’italien Umberto Nobile en perdition dans sa tentative de survol du Pôle Nord en dirigeable.
L’hydravion comptait à son bord Roald Amundsen, Leif Dietriechson, le capitaine de Corvette René Guilbaud, Albert Cavelier de Cuverville, Emile Valette et Gilbert Brazy. Ils ne reviendront jamais. La Norvège a donc mené du 24 août au 5 septembre 2009, une vaste campagne de recherche sous-marine des restes de l’hydravion utilisant des moyens particulièrement sophistiqués : un navire de recherche, deux sous-marins télécommandés et des sonars dernier cri, mais en vain… Le mystère de la disparition d’Amundsen et de son équipe reste entier.

Un site internet (en anglais) est consacré à cette expédition ici.

Roald Amundsen, ce géant polaire

Roald Amundsen« Tu seras médecin » lui avait dit sa mère. Mais il en sera tout autre pour ce GEANT de l’exploration polaire. Roald Amundsen passera plusieurs années de son adolescence à dévorer les récits polaires, tout en s’exerçant au ski et à la survie en conditions extrêmes dans ses montagnes norvégiennes. Après ses entrainements de skieur, il apprendra à être marin, puis partira pour sa première vrai expédition avec le belge Adrien de Gerlache pour un hivernage en Péninsule Antarctique à bord de la Belgica (1897-1899).
A son retour, il décidera de monter sa propre expédition ; il sera ainsi le premier à franchir le passage du Nord-Ouest de 1903 à 1906 à bord du Gjöa. Expédition au cours de laquelle, il réalisera notamment un raid en solitaire de 2 000 kilomètres en 5 mois, entre le Canada et l’Alaska en plein cœur de l’hiver arctique.
En octobre 1910, il embarque à bord du Fram de Nansen, direction la Mer de Ross en Antarctique. Le 14 décembre 1911, il atteindra le Pôle Sud après 3 000 kilomètres effectués en 89 jours !
Tout juste rentré au pays, il repart pour une nouvelle expédition dans le but d’atteindre le Pôle Nord en se laissant dériver avec la banquise. Il échouera, mais sera le second de l’histoire à franchir le passage du Nord-Est.
En mai 1925, il décolle du Spitzberg dans le but de rejoindre l’Alaska en survolant le Pôle Nord avec deux hydravions, mais doit renoncer à quelques kilomètres du but en raison d’ennuis mécaniques. Il retentera en 1926, cette fois-ci à bord d’un dirigeable commandé par l’italien Umberto Nobile, et atteindra les côtes de l’Alaska le 13 mai de la même année.
Un an plus tard, le 23 mai 1927, Nobile repart seul avec un équipage italien, mais le dirigeable l’Italia s’écrase sur la banquise. Amundsen décide de partir à sa recherche avec un hydravion fourni par la France. Il décollera le 18 juin de Ny-Alesund au Spitzberg, mais ne reviendra jamais…
Le 14 décembre 1928, toute la Norvège célèbre « le jour d’Amundsen », dix-septième anniversaire de la conquête du Pôle Sud. Pour la première fois, le grand explorateur ne participe pas à cette journée au milieu de ses compatriotes.

Voilà le « grand » résumé de cet ouvrage fantastique que je viens de finir ce soir « Roald Amundsen, le plus grand des explorateurs polaires » de Jean Mabire aux Editions Glénat. Il est minuit et avant d’aller me coucher, je n’ai qu’un conseil : lisez-le, vous ne vous en remettrez jamais !
Roald Amundsen, le plus grand des explorateurs polaires

Ny-Ålesund, Amundsen et Nobile

Mât d'amarrage des dirigeables, Ny-Ålesund © Samuel Blanc

Buste de Roald Amundsen à Ny-Ålesund © Samuel BlancPrenez l’Archipel du Svalbard et son île la plus grande ; le Spitzberg. Partez plein Ouest à un peu plus de cent kilomètres de Longyearbyen et vous voici dans le Kongsfjord (Baie du Roi). Là, à 78°55′N se trouve le village le plus haut du monde en latitude : Ny-Ålesund (prononcez « nu-alesound »). La première installation humaine est liée au charbon, avec l’exploitation de la mine dès 1917 qui sera fermée douze ans plus tôt, puis ré-ouverte après la seconde guerre mondiale. En 1945, Ny-Ålesund est une communauté de près de deux cents personnes avec sa propre école. Le 5 novembre 1962, un terrible accident tue vingt et un mineurs, onze corps seulement seront récupérés dans les décombres. Au total, soixante seize personnes perdirent la vie entre 1946 et 1962 dans cette mine. 1963, marquera la fermeture définitive de cette dernière et le départ des familles de Ny-Ålesund.
En 1966, l’Institut de Géophysiques de Tromsø établit une section de recherche, suivi l’année suivante par l’Agence Spatiale Européenne. Enfin en 1968, l’Institut polaire norvégien s’y installe afin de mener un programme de recherche permanent. Aujourd’hui, ce petit village est exclusivement occupé par des scientifiques de quinze pays différents. Environ trente personnes hivernent chaque année, alors que la population estivale est d’environ cent cinquante âmes.

Mais Ny-Ålesund, c’est aussi un haut lieu de l’histoire polaire, notamment marquée par le norvégien Roald Amundsen, l’italien Umberto Nobile et l’américain Lincoln Ellsworth. En effet, après avoir atteint le Pôle Sud le 14 décembre 1911 et franchi le passage du Nord Est (1918-1921), Amundsen souhaite réaliser le premier vol transpolaire. Son idée : rejoindre l’Alaska en partant du Spitzberg, le tout en passant par le Pôle Nord. Il choisi pour ce périple d’utiliser un dirigeable qu’il achète au constructeur italien Umberto Nobile. Le dirigeable, baptisé Norge, mesure cent six mètres de long sur vingt-cinq de haut et vingt de large. Il est équipé de trois moteurs de 250 CV situés, un à l’arrière, un à bâbord et l’autre à tribord. Sa vitesse est de quatre-vingts kilomètres par heure mais dépend beaucoup du vent. Son autonomie est de 5 200 kilomètres.
Le Norge part d’Italie le 10 avril 1926 et arrive à Ny-Ålesund le 7 mai où comme à chaque étape, un mât d’amarrage sera dressé. Le dirigeable décolle le 11 et bénéficiant de conditions météo favorables, atteint le Pôle Nord le 13 à 1h25. Une brève cérémonie a lieu lors de laquelle Amundsen lance de la nacelle le drapeau norvégien qui se plante dans la glace, le drapeau américain est lancé par Ellsworth, et celui de l’Italie par Nobile. Après avoir été mise en péril au-dessus de l’Alaska, l’expédition arrive saine et sauve le 15 mai à pointe Barrow, le cap le plus septentrional de l’Alaska, sur les bords du détroit de Béring. Mais pendant ce vol, l’entente entre Nobile et Amundsen s’est gravement dégradée, l’un reprochant à l’autre de s’accaparer les mérites de cette expédition.
Le succès, largement exploité par le gouvernement fasciste italien, est total. Après une tournée au Etats-Unis et au Japon, Nobile prépare un deuxième voyage, italien cette fois, vers le Pôle avec son nouveau dirigeable, l’Italia. Le 23 mai 1928 à 4h25, le dirigeable s’envole du Spitzberg et atteint le point le plus au nord de la planète la nuit suivante à 00h45. Mais les conditions de retour vers la Baie du Roi sont difficiles ; le vent augmente, le givre envahit le dirigeable et le gouvernail se bloque. L’Italia pique vers la banquise et s’y écrase lourdement. Dix hommes, parmi lesquels Nobile, furent projetés sur la glace pendant que le dirigeable reprenait de la hauteur emportant avec lui les autres membres de l’équipage qui disparurent sans laisser de trace. Les survivants, plus chanceux, disposaient du matériel tombé lors de l’impact de la nacelle : de la nourriture, une radio et une tente rouge qui leur permit de survivre sept semaines. Après l’incident, une première expédition internationale de secours partit, et un mois plus tard, Nobile fut sauvé avec un petit avion suédois.
Pendant ce temps, Amundsen qui a appris la disparition de l’expédition, veut se lancer à la recherche de Nobile, malgré les tensions que les deux hommes ont pu avoir. C’est également pour cette raison, que Musolini refuse de lui fournir de l’aide. La France se propose alors de lui fournir un hydravion ainsi que cinq membres d’équipage. Ils ne reviendront jamais et on ne saura rien de cette tragique disparition à proximité de Bjørnøya (l’Ile aux Ours). Le 1er septembre 1928, un navire retrouve un flotteur de l’appareil : il est probablement tombé en mer.