Archives du mois de avril 2009

Expansion de la banquise en Antarctique

Banquise et icebergs / © Samuel BlancOui je sais, ce titre peut paraître étrange alors qu’on ne parle que du réchauffement climatique et pourtant… Les informations concernant la fonte accélérée de la banquise de l’Arctique sont nombreuses, mais on parle moins en revanche de l’expansion (j’ai bien dit expansion) de la banquise en Antarctique. En effet, la glace qui entoure le continent blanc s’est étendue de 100 000 km² par décennie depuis les années 1970 et recouvre désormais une superficie de 19 millions de km² lors du pic hivernal (le maximum qu’elle peut atteindre). Alors que se passe-t-il puisque qu’au cours de la même période, la glace de mer en Arctique a atteint sa surface la plus faible ?
Et bien selon une toute récente étude du très sérieux British Antarctic Survey (BAS : l’institut polaire britannique), les dégâts faits par les produits chimiques sur la couche d’ozone ont refroidi la stratosphère et bouleversé les schémas de circulation du vent autour de l’Antarctique. De ce fait, les vents soufflent sur le continent plus souvent, refroidissant la mer et créant davantage de glace, d’après les auteurs de l’étude. Ils constatent également un déplacement des masses d’air chaud vers la Péninsule Antarctique (ce qui coïncide avec les données de températures enregistrées dans cette région depuis plusieurs années), et un refroidissement des masses d’air de l’est du continent.
Voici donc déjà une explication à une question à laquelle je ne savais pas répondre quant à l’expansion de la banquise antarctique en plein réchauffement climatique…

4ème année polaire internationale, c’est la fin

Vous l’avez sans doute remarqué, depuis mars 2007, les pôles sont à l’honneur à la télévision, la radio, les journées… Mars 2009 marque la fin de cet évènement mondial qu’est la 4ème Année Polaire Internationale (API). Mais revenons un peu en arrière : de 1882 à 1883, a eu lieu la première API rassemblant 12 pays. Celle-ci avait pour but de mener des travaux de recherche sur le climat et le champ magnétique terrestre, mais aussi l’astronomie et la zoologie. Devant les résultats obtenus par les 13 expéditions dans l’Arctique et 2 dans le sub-antarctique, il sera décidé d’organiser une année polaire tous les 50 ans.
La seconde API aura lieu de 1932 à 1933, toujours axée sur les mêmes travaux de recherche que la première et également en Arctique et Sub-antarctique. Cette fois, 40 nations répondent présents à l’effort de recherche.
En 1957-1958, a lieu dans le cadre de l’Année Géophysique Internationale (AGI) la 3ème année polaire 25 ans seulement après la seconde, et dans le but de bénéficier d’une période d’activité solaire maximale. Pour la première fois, l’Antarctique est étudiée de façon importante via l’installation de bases scientifiques sur le terrain. Le succès est tel (61 nations, des milliers d’hommes, une dizaine de navires, des avions s’y impliquent, premiers travaux sur la faune, la haute atmosphère, cartographie, dérive des continents, premières mesures de CO2…) que la plupart des nations décident de pérenniser leurs bases scientifiques afin d’y poursuivre ces travaux de recherche.
N’oublions pas que cet effort de recherche (et les résultats obtenus) est à l’origine de la signature du Traité sur l’Antarctique en 1961, puis de la protection de son environnement via le Protocole de Madrid signé en 1991.
La 4ème Année Polaire Internationale se termine donc en ce mois de mars 2009, avec des campagnes menées aussi bien en Arctique qu’en Antarctique ayant pour but premier de montrer le rôle moteur des régions polaires dans notre système Terre. Pour ce faire, presque toutes les disciplines possibles ont été concernées : sciences sociales, de l’Univers, de la Terre, biologiques, humaines… Un volet important a aussi été accordé à la pédagogie, et ce afin d’établir un lien direct entre scientifiques et grand public. Quelques résultats sont d’ores et déjà connus : réchauffement d’une partie de l’Antarctique, fonte dramatique des glaces en Arctique, diminution des effectifs de certaines espèces de manchots ou des ours polaires, possible hausse du niveau des mers, découverte de nouvelles espèces animales dans l’Océan Austral et j’en passe…
Les résultats sont là (où vont arriver sous peu), le public est ou va être informé, il ne reste que les mesures adéquates à prendre, mais cela semble être une autre histoire…

Au pays du blizzard

Au pays du blizzardVoilà bien longtemps que je souhaitais acquérir le récit du grand explorateur australien Douglas Mawson, me demandant même si je n’allais pas finir par lire la version anglaise. Et voilà qu’en février dernier, les Editions Paulsen nous gratifient de la publication de la version française de cet ouvrage. Après en avoir terminé sa lecture, je confirme ce que je pensais de Mawson : c’était un très grand personnage, trop souvent dans l’ombre de Scott, Amundsen ou encore Shackleton. Je recommande hautement ce livre poignant, témoignage de la force avant tout morale de l’homme, aux limites de la vie et aux portes de l’enfer. J’ai lu L’odyssée de l’Endurance d’Ernest Shackleton, Le pire voyage au monde d’Apsley Cherry-Garrard, mais je place définitivement Au pays du blizzard devant ces deux-là sans pour autant bien évidemment, leur enlever toute leur qualité.
Pour la première fois je crois, un livre m’a profondément ému, bouleversé, parfois choqué par des propos ou des situations souvent très durs, mais surtout vraiment émerveillé de voir ce que l’homme est capable de faire quand il s’est débarrassé du superflu… Cet ouvrage est à lire de toute urgence et les nombreuses photos de Frank Hurley à contempler en silence, pris par l’émotion…

Résumé :
À vingt-six ans, Douglas Mawson contracte le « virus polaire » aux côtés du grand Shackleton. Deux années plus tard, il monte l’Expédition australasienne antarctique (décembre 1911 – février 1914). Les conditions climatiques auxquelles les hommes sont confrontés dès leur arrivée en Terre Adélie défient l’imagination : la vitesse moyenne des vents dépasse quatre-vingts kilomètres heure, avec des pointes à trois cent vingt. Mais les paysages sublimes – cathédrales de glace, séracs déchiquetés, langues de glaciers aux couleurs étonnantes – et la faune – phoques, manchots empereurs, pétrels des neiges – offrent une immense compensation.
Avec une énergie et un courage stupéfiants, nos explorateurs multiplient les raids de reconnaissance, organisant au mieux leur quotidien, ce qui, au Pays du Blizzard, relève de l’exploit. Ils découvrent et cartographient plus de trois mille kilomètres de côte.
À son retour, Mawson relate cet hallucinant périple. Sans effets de manches, il dit la lutte de la survie, les instants tragiques, les moments heureux… À travers son récit, il s’affirme véritablement comme le « Nansen australien » et fait entrer les noms de ses compagnons dans la légende…

550 pages – 15 x 21 cm
29,00 €
ISBN : 9 782916 552149

Nouvel effondrement de l’ice shelf de Wilkins

Je n’avais pas spécialement prévu de reparler des ice shelves, mais voilà que l’actualité m’y oblige. En effet, entre le 28 et le 29 février, une surface d’environ 400 km2 de glace s’est désintégrée en gros et petits icebergs en moins de 24 heures. Le morcellement a été précédé par la formation d’une nouvelle faille qui est apparue d’abord sur l’imagerie du radar ASAR d’Envisat et du radar PALSAR du satellite japonais ALOS en juillet 2007. Résultat de cet effondrement, le reste de la barrière, qui représente une surface d’environ 14 500 km2 n’est plus retenu que par une bande de glace de 6 km. Celle-ci est déjà fissurée et au cours du récent morcellement, cette fissure était connectée aux failles qui existaient déjà auparavant sur la banquise.
La barrière de Wilkins est une vaste plaque de glace flottante bordant la Péninsule Antarctique au sud de l’Amérique du Sud. Comme il s’agissait déjà de glace flottante, cet événement ne causera pas d’élévation du niveau de la mer. Néanmoins, les barrières de glace de la Péninsule Antarctique sont prises en sandwich entre un air dont la température augmente rapidement et un océan qui se réchauffe, ce qui en fait des indicateurs majeurs du changement climatique actuel.

Animation de l'effondrement de l'ice shelf de Wilkins
Effondrement de l'ice shelf de Wilkins