Archives du mois de février 2009

On a fini chez Hannah

Hannah PointVoilà, c’est Hannah qui nous a accueilli la dernière pour achever cette saison antarctique. Après des premiers jours maussades avec beaucoup de neige, du vent, un temps très couvert et du froid, la météo d’il y a deux jours a été plus que parfaite avec pas moins de 11°C ! L’absence totale de vent conjuguée à un soleil radieux, nous a permis de finir en beauté ce dernier périple. Hannah Point, du nom d’un navire de chasse aux phoques qui s’est échoué ici en décembre 1820, se trouve au sud-est de l’île Livingston, dans les Shetlands du Sud. Cette zone volcanique par excellence est caractérisée par une importante biodiversité. En effet, Eléphants de mer, Otaries à fourrure, Pétrels géants, Manchots papou et à jugulaire, et bien d’autres, se côtoient dans cet espace minéral parsemé de mousses. C’est en remontant mon zodiac avec la grue et en regardant autour de moi, que j’ai réalisé, suspendu au-dessus de l’eau, que cette fois-ci, c’était bel et bien fini ! Cette dernière remontée du passage de Drake en direction d’Ushuaia, nous laisse une fois de plus, un peu le goût du sel sur les lèvres. C’est à peine fini et j’ai l’impression que ces quatre mois n’ont été qu’un rêve. Si c’est vraiment le cas, alors je voudrai rêver toujours… Dans quatre jours je serai de nouveau dans l’autre hémisphère, la saison antarctique se termine ainsi, ce fût un plaisir de la partager sur ces pages !

 

Neko Harbour

Neko Harbour / © Samuel BlancNeko Harbour, voici sans doute pour moi le plus beau site en Péninsule Antarctique. Au fond d’une baie nommée Andvord Bay, se trouve ce petit coin de paradis au pied d’un glacier. Le débarquement se fait sur une plage de sable, jonchée de petits rochers ronds et de bouts de glace échoués, le tout dans des eaux d’une transparence extrême. Vous sillonnez au milieu des poussins de Manchots papou qui ont presque tous terminé leur mue, pour commencer à suivre une piste dans la neige. Au bout d’une bonne vingtaine de minutes vous voici au sommet. La vue sur la baie est superbe, en contrebas, le navire, les zodiacs, la glace qui dérive, le silence, le calme… Si les éléments sont avec vous, il est possible d’apercevoir de l’autre coté du Détroit de Gerlache le plus haut sommet de la Péninsule Antarctique le Mont Français avec ses 2 850 m d’altitude. Aujourd’hui, pour ce dernier débarquement à Neko de la saison, le temps était calme, gris, nuageux, doux. Alors les pensées s’égarent vers la famille, les amis de l’équipe d’expédition, celles et ceux qui n’ont pas la chance de pouvoir venir ici, les rencontres oh combien riches. Dans quelques semaines l’hiver gagnera Neko comme le reste de l’Antarctique, laissant enfin un peu quiétude au grand continent blanc, aux phoques, aux manchots, et aux baleines. « L’Homme qui a su pénétrer en ces lieux, sent son âme qui s’élève »…
PS : à quand des Manchots royaux à Neko ??….

 

L’immense Albatros hurleur

Albatros hurleur - Wandering Albatross / © Samuel BlancCe matin, alors que je me trouvais sur le nouveau navire sur lequel je travaille (après Le Diamant), je me suis dis que j’allais faire quelques emails tranquillement assis dans la bibliothèque, profitant également d’un passage de Drake particulièrement clément. Soudain, une ombre gigantesque a surgi sur mon écran d’ordinateur alors qu’étais en train de rédiger un texte. Je me suis retourné et là, à quelques mètres, juste derrière le bateau se trouvait le plus grand oiseau volant au monde, l’Albatros hurleur Diomedea exulans. Déjà de loin, cet oiseau semble immense, mais de près, à moins de 30 mètres, c’est une autre affaire ! Imaginez : 3 m d’envergure (jusqu’à 3,50 m pour les plus grands individus), un poids compris entre 8 et 12 kg ! Ces géants des mers passent près des 4/5ème de leur vie en vol, errant d’un océan à un autre, du Pacifique à l’Atlantique en passant par l’Indien, en seulement quelques semaines. Certains individus sont suivis depuis des années par la technique du bagage, dépassant ainsi parfois les 70 ans de longévité ! Les rencontres dans l’Océan austral se suivent mais ne se ressemblent pas, seuls les superlatifs restent les mêmes à défaut de pouvoir en inventer d’autres…

 

Le dernier des mohicans ?

Iceberg tabulaireToute l’équipe de naturalistes a débarqué aujourd’hui du Diamant, ce navire de croisière battant pavillon français. La saison antarctique est en effet terminée pour lui, demain il repartira vers le nord avec le Chili et le Pérou, pour retrouver les glaces en juillet mais en Arctique cette fois-ci. Cette saison antarctique a été une fois de plus grandiose, tant bien évidemment par l’Antarctique lui-même que par la faune, les paysages et les personnes retrouvées ou rencontrées.
Une fois de plus j’y laisse un peu de moi, un peu de moral aussi, de voir partir celles et ceux qui partagent cette passion polaire sur le terrain au jour le jour. Certains sont déjà à la maison, d’autres encore dans l’avion, moi tel le dernier des mohicans, je n’ai pas pu résister et je repars sur un autre navire pour dix derniers jours sur le grand contient blanc avant qu’il ne revêtisse pour huit longs et terrible mois d’hiver, son manteau de glace. Bon vent à toutes et à tous, quelle saison ! Qui oubliera les Albatros hurleurs dans le passage de Drake, les Orques du Détroit de Gerlache, les Léopards de mer de Cuverville, les Manchots Adélie de Brown Bluff, les Manchots royaux de Saint Andrews Bay ;-) , la quiétude de Neko Harbour ;-) , les levers de jours dans le Chenal Neumayer, les sourires d’un équipage, l’émerveillement de passagers, les amis, les rencontres, les aurevoirs, les yeux rougis…

Quand ca remonte du fond des tripes

Colonie de Manchots royaux de Saint Andrews Bay - King Penguins colony at Saint Andrews Bay / © Samuel BlancAprès avoir débarqué une première fois à Saint Andrews Bay en décembre dernier, nous y revoilà le 10 janvier 2009 précédent, et cette fois sous un grand soleil. Au fond de la baie, le plus haut sommet de Géorgie du Sud, le mont Paget avec ses 2 935 m est majestueux, pour la première fois d’ailleurs je le vois émerger hors des nuages. En son pied, les glaciers Cook, Buxton et Heaney. Un peu plus bas dans un mélange d’herbes, de mousses et de lichens, paissent des rennes importés en 1911 par les baleiniers norvégiens pour des raisons alimentaires. Enfin, entre la mer et ces prairies, s’étend une immense plage de sable fin de 3 km de long, sur laquelle se trouve tout simplement la seconde plus grosse colonie au monde de Manchots royaux. Au milieu de cette baie de Saint Andrews, une petite colline sorte de promontoire, termine notre marche. Et là, le spectacle le plus hallucinant s’ouvre devant vous, 400 000 manchots ! J’avais déjà évoqué cet endroit dans un précédent article il y a quelques jours, mais je ne résiste pas à l’envie d’en reparler. J’ai vu les visages des gens comme s’illuminer, certains se sont assis pour savourer ou alors le souffle coupé je ne saurai jamais. La photo ci-contre, ne montre que le tiers de cette colonie et il manque en plus la vue sur l’ensemble de la baie. A deux reprises, je me suis dis tiens et si j’essayais de savourer un maximum ce moment, en posant mon sac et mon appareil photo, en m’isolant cinq minutes et en prenant une grande bouffée d’oxygène.

La première chose qui m’est tout de suite venue à l’oreille, c’est le bruit de cette colonie. Ensuite, j’ai senti mon estomac se nouer, puis quelque chose remonter du fond de mes tripes (rien à voir avec les 50èmes rugissants), et pour terminer esquisser une petite larme. J’ai vite repris mes esprits, fais un petit tour, puis j’ai retenté l’expérience. La même chose ! J’ai alors décidé, devant la puissance du moment, de retourner tranquillement au bateau, alors que la pluie commençait à tomber…