Archives du mois de novembre 2008

Des bidonvilles à la coupe du monde

Il y a un mois, lorsque je suis arrivé à Cape Town, je me souviens avoir demandé au chauffeur du taxi combien d’habitants compte cette immense ville à l’extrême sud de l’Afrique. Quelle ne fut pas ma surprise en entendant  : « Ça dépend où on place les limites de la ville ». Quelques secondes plus tard, il me pointait du doigt un des bidonvilles de Cape Town. En début de semaine, j’ai eu l’occasion d’aller voir un de ces township (comme on dit en anglais), avec la personne qui me loge. Margy et son association investissent une grande partie de leur temps et de leur argent dans l’amélioration des conditions de vie des personnes dans les bidonvilles. Ce jour là, il s’agissait d’une réunion sur le terrain afin de définir les travaux de la future école. Je l’ai donc accompagné avec grand plaisir et l’accueil de la part des enseignants et des enfants restera un grand moment. L’école actuelle, n’est autre qu’un grand bâtiment d’un étage avec une seule et unique pièce abritant 90 enfants de 1 à 9 ans. Le design de la future école va se faire courant décembre et les travaux débuteront l’année prochaine dans le but d’avoir déjà plus de place en utilisant le terrain vague à proximité, mais également plusieurs salles de classe selon l’âge des enfants. Je me suis permis de sortir mon appareil photo souhaitant faire des images d’ambiance, mais cela a rapidement tourné à la séance portrait avec les enfants tous plus ravis les uns que les autres de se voir sur un écran. L’ambiance pesante à notre arrivée a peu à peu laissé place aux rires et cris des enfants pour mon plus grand plaisir. Mais comme toutes les bonnes choses ont une fin, il a bien fallu repartir, pas facile avec tous ses enfants qui s’agrippent à votre pantalon. Après quelques kilomètres en voiture, je repasse à nouveau devant le stade en construction, puis l’agrandissement de l’aéroport, la nouvelle autoroute, sans compter les nouveaux hôtels eux aussi en travaux. Margy me lance « c’est pour la coupe du monde de football 2010 ! » Que d’investissements à quelques kilomètres de ce bidonville, mais il parait que c’est bon pour l’économie… Bon vent les enfants !

Manchot du Cap

Manchot du Cap - African Penguin / © Samuel BlancJ’ai eu l’occasion hier de côtoyer une espèce de manchot que je n’avais pas encore vu à ce jour, le Manchot du Cap Spheniscus demersus. Très similaire au Manchot de Magellan Spheniscus magellanicus qui lui ne se trouve qu’à l’extrême pointe de l’Amérique du Sud, le Manchot du Cap est l’unique manchot que l’on peut rencontrer en Afrique du Sud. Il ne reste actuellement que 10% de la population estimée à 1,5 millions d’individus dans les années 1920. La récolte non contrôlée des œufs pour des besoins alimentaires au cours du 20ème siècle, reste la principale raison de cette lente disparition. Aujourd’hui, cette espèce semble subir de plein fouet certains effets du changement climatique, comme les variations de températures de l’eau dans les zones de pêche, entrainant la raréfaction des proies principales que sont les anchois et le pilchard. Le Manchot du Cap est ainsi inscrit sur la liste rouge mondiale de l’UICN.

 

Ilyushin IL-76

Ilyushin /  © Samuel BlancAprès six heures de vol toujours à bord de ce gros porteur russe qu’est l’Ilyushin, me revoici à Cape Town. J’ai préféré abréger mon séjour en Terre de la Reine Maud, car des retards dans les avions auraient pu me faire rater mon vol pour la Péninsule Antarctique début décembre, j’ai donc voulu assurer mes arrières… Inutile de répéter que les retours de séjours sur le terrain sont toujours aussi agréables avec fruits frais au petit déjeuner, longue douche, nuit dans des draps… Mais surtout la furieuse envie d’y retourner !
Paul, Stéphane, Patrick et Jenna sont donc seuls au camp, les clients étant partis sur le même vol que moi. Ce lundi 24 novembre a d’ailleurs été décrété « day off » à Whichaway Camp, c’est à dire repos. Les jours suivants seront consacrés au nettoyage du camp et aux préparatifs des activités pour le prochain groupe qui arrivera le 1er décembre.
Ce retour « sur Terre » est aussi l’occasion pour moi, de retrouver ce formidable outil de partage qu’est internet. Vous pourrez donc trouver sur mon site dans la rubrique « Photothèque » quelques images de la Terre de la Reine Maud.

 

Ce ne furent pas les empereurs… mais tout aussi impérial

Quand l’Antarctique ne veut pas… Inutile d’insister. Avant-hier, malgré un grand soleil dans notre petit coin de glace, le beau temps n’a pas voulu être au rendez-vous du coté de la mer de Weddell et de la base Neumayer, notre destination tant attendue. Impossible donc de faire atterrir le DC3 et de pouvoir s’approcher un peu des Manchots Empereurs. Du coup, le programme a été modifié et nous sommes partis plus à l’intérieur des terres gelées. Après 45 min de vol, nous voici posés au pied d’une des plus grandes et difficiles parois au monde, celle de l’Ulvetanna et de l’Holtanna, selon les dires avisés de Stéphane, notre guide de haute montagne. Autant j’ai été très déçu de ne pouvoir, pour cause de météo défavorable, saluer les manchots empereurs qui me sont si chers, autant nous fûmes saisis par le site grandiose et d’envergure qui s’imposait à nous. Imaginez-vous à 1 900 m d’altitude ; devant vous surgissent des entrailles du continent, perforant la calotte glaciaire, deux énormes falaises aux parois lisses d’une verticalité affichant 1 000 m ! Gigantesque, impérial quoi !

Nous avons rencontré là une expédition de militaires français préparant l’ascension de glace, et une autre de quatre allemands dont deux déjà en paroi et seulement à mi-chemin après quatre jours de progression. Selon la rumeur, l’Ulvetanna (2 907 m d’altitude) et l’Holtanna (2 880 m), sont considérées aujourd’hui comme les falaises faisant rêver bon nombre d’alpinistes. Nous nous sommes contentés du plancher des vaches, même si ce ruminant est difficile à voir ici ! pour dresser un petit camp afin de passer la nuit au pied des falaises, nous permettant ainsi le lendemain de faire du ski et de la marche. La nuit a été glaciale, c’est le moins qu’on puisse dire, avec -23°C dans ma tente et aux alentours de -30°C dehors ! Après une nuit difficile où le froid s’est amusé à me réveiller souvent, il m’a fallu sur le matin faire dégeler mon duvet ainsi que mon tapis isolant gelés dans le sol. L’avion est revenu en fin de journée nous récupérer mais avec deux heures de retard dû au sauvetage d’un aventurier autrichien parti traverser l’Antarctique en ski : après être tombé à deux reprises dans des crevasses, sauvé par le seul poids de son traîneau qui a eu la bonne idée de rester, lui, en surface, il a dû abandonner en raison de problèmes familiaux chez lui. Bref, nous voici de retour à notre camp principal depuis hier soir, après un second sauna chez les Russes (base voisine) et surtout une excellente nuit.

Ce ne furent pas les empereurs, certes : vu le cadeau qu’ils m’ont fait souvent de me compter parmi eux, je ne leur en veux pas, un peu égoïstement peut-être, d’avoir gardé leurs secrets… mais ce fut impérial…

 

À Dédé et Monique

C’est à 70° Sud que j’apprends ce matin par e-mail, outil formidable mais dont on aimerait parfois ne pas recevoir certaines nouvelles, le décès de celui que l’on appelait tous Dédé, sans oublier également celui de Monique.
Quelle tristesse d’apprendre cela d’aussi loin et de ne pouvoir être présent aux côtés de leurs familles et amis. Ces disparitions m’affectent profondément et j’ai découvert pour la première fois en rejoignant ma tente ce matin pour y chercher un peu de quiétude, que même composées de sel, les larmes pouvaient geler sur le visage. Sans doute se figent-elles pour nous rappeler que les mémoires ne s’effacent jamais, que tous les bons moments à vos cotés restent ancrés au plus profond de nous. Des rires permanents de Dédé, aux excellents choux de Monique, sans parler bien évidemment de tout le reste… je tenais à vous envoyer de l’autre bout du monde une grande pensée glacée, mais donc éternelle, à vous deux. Finalement c’est le type de nouvelle que je ne pouvais pas recevoir ailleurs qu’en Antarctique. Elle invite à la quiétude, la force, l’intimité, et le silence majestueux : ce dont j’ai besoin en cette bien triste journée ! À Dédé et Monique…